Un
passage du roman de Jonathan Carroll, Laube du huitième
jour, justifie pleinement sa présence dans un numéro
consacré aux Beatles. En effet, dans ce passage, le personnage
principal, Frannie Mc Cabe, chef de la police de Cranes
View, une ville de la Côte Est des Etats-Unis, réalise
son fantasme ultime : voir les Beatles jouer sur scène.
Laube du huitième jour est le dernier volet dune
trilogie qui a pour originalité lunité de
lieu. Tout se passe dans une paisible ville de banlieue, une
de ces petites villes sans histoire telles quelles fourmillent
dans les livres de Stephen King. Loriginalité de
cette trilogie est que les deux romans précédents
revisitaient des genres précis : le fantastique et le
roman policier. Celui-ci est un récit de science-fiction
et il peut bien évidemment être lu indépendamment
de autres.
À la suite dun événement anodin,
un vieux chien borgne vient mourir dans le bureau du chef de
police de Cranes View, ce dernier voit sa vie profondément
transformée. Il lui arrive une chose fascinante qui en
fera rêver plus dun : sa vie devient une sorte de
livre ouvert auquel il a accès à nimporte
quelle page. Un matin, il se lève, sort de chez lui et
découvre quil se trouve au début des années
70. Il a ainsi la possibilité de rencontrer son père,
mort depuis des années mais vivant à cette époque-là.
À un autre moment, il se retrouve à plus de 70
ans (alors quil en a 47) projeté dans un futur
plutôt ressemblant. Toute la force de Jonathan Carroll
est de transformer une histoire de science-fiction en interrogation
sur un destin personnel. Frannie Mc Cabe est amené à
rencontrer des doubles de lui-même, tel quil fut
à 17 ou à 10 ans. Avez-vous jamais pensé
vous rencontrer adolescent ou enfant ? Quauriez-vous à
vous dire ?
Lors dun des moments clé du roman, Frannie entre
en contact avec un émissaire extra-terrestre. Celui-ci
veut le convaincre de son pouvoir. Frannie demande alors quun
de ses rêves se réalise. Si les extra-terrestres
existent et sils ont le pouvoir de tripatouiller nos vies,
alors Frannie va pouvoir entrer dans le supermarché de
sa ville et assister à un concert des Beatles. Et cest
effectivement ce qui se passe.
Ce que ce passage révèle est que les Beatles occupent
à part entière limaginaire des gens de 7
à 77 ans (comme Tintin). Et lorsque nous voyons en concert
Paul McCartney, George Harrison, John Lennon et Ringo Starr,
nous vivons une expérience proche de la quatrième
dimension.
Avoir la possibilité dassister à un concert
des Beatles, rien que pour soi ? Voilà lidée
dun poète.