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L’AUBE DU HUITIEME JOUR
Jonathan CARROLL

Traduit de l’anglais
par Nathalie Serval

Flammarion - 336 pages
Un passage du roman de Jonathan Carroll, L’aube du huitième jour, justifie pleinement sa présence dans un numéro consacré aux Beatles. En effet, dans ce passage, le personnage principal, Frannie Mc Cabe, chef de la police de Crane’s View, une ville de la Côte Est des Etats-Unis, réalise son fantasme ultime : voir les Beatles jouer sur scène.

L’aube du huitième jour est le dernier volet d’une trilogie qui a pour originalité l’unité de lieu. Tout se passe dans une paisible ville de banlieue, une de ces petites villes sans histoire telles qu’elles fourmillent dans les livres de Stephen King. L’originalité de cette trilogie est que les deux romans précédents revisitaient des genres précis : le fantastique et le roman policier. Celui-ci est un récit de science-fiction et il peut bien évidemment être lu indépendamment de autres.

À la suite d’un événement anodin, un vieux chien borgne vient mourir dans le bureau du chef de police de Crane’s View, ce dernier voit sa vie profondément transformée. Il lui arrive une chose fascinante qui en fera rêver plus d’un : sa vie devient une sorte de livre ouvert auquel il a accès à n’importe quelle page. Un matin, il se lève, sort de chez lui et découvre qu’il se trouve au début des années 70. Il a ainsi la possibilité de rencontrer son père, mort depuis des années mais vivant à cette époque-là.

À un autre moment, il se retrouve à plus de 70 ans (alors qu’il en a 47) projeté dans un futur plutôt ressemblant. Toute la force de Jonathan Carroll est de transformer une histoire de science-fiction en interrogation sur un destin personnel. Frannie Mc Cabe est amené à rencontrer des doubles de lui-même, tel qu’il fut à 17 ou à 10 ans. Avez-vous jamais pensé vous rencontrer adolescent ou enfant ? Qu’auriez-vous à vous dire ?

Lors d’un des moments clé du roman, Frannie entre en contact avec un émissaire extra-terrestre. Celui-ci veut le convaincre de son pouvoir. Frannie demande alors qu’un de ses rêves se réalise. Si les extra-terrestres existent et s’ils ont le pouvoir de tripatouiller nos vies, alors Frannie va pouvoir entrer dans le supermarché de sa ville et assister à un concert des Beatles. Et c’est effectivement ce qui se passe.

Ce que ce passage révèle est que les Beatles occupent à part entière l’imaginaire des gens de 7 à 77 ans (comme Tintin). Et lorsque nous voyons en concert Paul McCartney, George Harrison, John Lennon et Ringo Starr, nous vivons une expérience proche de la quatrième dimension.

Avoir la possibilité d’assister à un concert des Beatles, rien que pour soi ? Voilà l’idée d’un poète.


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Décembre 2002
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