TOUS
FEUX ETEINTS
Excellent nouvelliste, John Cheever rate son entrée dans
la cour des romanciers. Préférez Insomnie en Livre
de Poche.
Les lumières de Bullet Park est une curiosité
dont la sortie ne s’imposait pas. John Cheever, son auteur
né en 1912 et mort en 1982 est l’un des plus grands
nouvellistes américains, qui a fait l’essentiel
de sa carrière dans la célèbre revue The
New Yorker. Si l’on veut lire ses nouvelles, qui sont
magnifiques et traitent des espoirs déçus et des
affres et désastres de la vie de banlieue, il est conseillé
de se procurer Insomnie en Livre de Poche.
Ici, il s’agit d’un roman qui, au bout d’une
centaine de pages, tourne court et part dans une nouvelle direction.
En fait, il s’agit d’un roman qui parodie la scène
d’ouverture de la série Mission Impossible. Au
bout de cent pages, ce roman s’autodétruit. Cela
est d’autant plus dommage que les cent premières
pages recèlent des pépites.
Soudain, Tony Nailles l’adolescent d’une famille
américaine si typique qu’elle semble l’incarnation,
avec vingt ans d’avance, du film American beauty, refuse
de se lever et reste durant des jours et des jours dans son
lit, pendant que la belle harmonie de ses parents se déglingue.
Tout est dans les 100 premières pages
On le pressent : ce sujet est passionnant. Il est en partie
traité. Mais même dans ces cent premières
pages, on sent l’auteur comme parasité par le millier
de choses qu’il a à nous dire en dehors du sujet
qu’il consent à exposer. Imaginez que, dans un
restaurant, vous commandiez une pizza et qu’on vous apporte
une assiette dans laquelle surnagent une part de tarte et une
bonne louche de petit salé aux lentilles. Vous diriez
qu’il y a tromperie sur la marchandise.
Lorsque le roman s’embarque sur la biographie déjantée
d’un voisin des Nailles, vous éprouvez la même
chose. Pourquoi l’auteur vient-il me raconter cette histoire
qui ne m’intéresse pas ?
Décidément, Cheever est et reste un auteur de
nouvelles, pas de roman.