Traduit de l’anglais (Etats Unis)
par Gérard de Chergé
Rivages/Noir - 419 pages
"Le
chef Morgan s'enferma dans son bureau et s'assit devant une vieille
machine à écrire manuelle. Puis il entreprit de résumer
les soupçons et les doutes que lui inspirait le vagabond Dudley,
qui semblait revendiquer la responsabilité de la mort d'un
adolescent nommé Glen Bodine et d'une fillette nommée
Fay Gunner, revendications qui paraissaient impliquer le père
de chacune des deux victimes. Le résumé - six pages
interligne simple - était riche en suppositions et pauvre en
faits matériels. En post-scriptum, il écrivit : Dudley
a de nouveau disparu et je ne sais pas si ça vaut le coup de
le rechercher. La vérité, c'est que je ne sais quel
parti prendre."
Avec Des voix dans les ténèbres, on retrouve Bensington,
son quartier huppé et Morgan, le chef de la police "séduisant
et progressiste", grand collectionneur de femmes bourgeoises.
Ce dernier patine face à ce meurtre mais surtout face à
la personne insaisissable de Dudley, arrêté pour vagabondage.
L'homme sans papiers ni passé, s'autoproclame tueur d'enfants.
Mais il est doux comme un agneau, intelligent, cultivé, adoré
par quelques vieilles bourgeoises qui ne rêvent que de le prendre
sous leurs ailes protectrices et n'a aucun motif d'être retenu
emprisonné… Morgan va donc le laisser libre, en le regardant
évoluer dans la ville. En arrière-fond, misère
et décadence des couples riches qui se délitent à
l'orée de la cinquantaine.
Récit aux histoires multiples, le livre est une véritable
mosaïque de vies de couples de Bensington. Par petites touches
successives, l'intrigue progresse, avec un Morgan (si vous l'avez
manqué, précipitez-vous sur Sans retour, chez le même
éditeur) désabusé et malheureux en amour, mais
tenace face à l'adversité.