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Brillant ouvrage brassant l’existence de plusieurs
amis âgés de 40 ans, Le cercle fermé nous parle
de l’histoire en train de se faire sous nos yeux. Jonathan
Coe nous bouleverse et nous permet de mieux appréhender la
réalité.
Le cercle fermé est le second tome d’un diptyque commencé
avec Bienvenue au club.
Pour ceux qui auraient oublié ce précédent
livre, l’auteur Jonathan Coe a la bienveillance de mettre,
en fin de roman, un résumé du roman précédent.
Nous retrouvons donc en quadragénaires, ces adolescents dont
nous avions suivi le périple émotionnel durant les
années 1970. Et leur manière d’être quadra
nous renvoie à nous-mêmes, au temps qui passe et à
la manière dont nous nous investissons dans nos couples,
dans nos solitudes et dans la société.
Car Jonathan Coe est un formidable peintre de l’homme piégé
dans le quotidien et de son insertion dans une forme plus vaste
qu’on pourrait appeler l’Histoire, si l’on croit
que l’Histoire a un sens, une visée, un but.
Dans Testament à l’anglaise, il nous avait déjà
impressionné par sa description du Thatchérisme. Dans
Bienvenue au club, il dépeignait en parallèle des
émois adolescents, la perte d’influence du syndicalisme
prédisposant à l’avènement du libéralisme.
Ce qui est formidable dans Le cercle fermé est qu’il
fait vivre une dizaine de personnages, nous touche au plus profond
en nous faisant comprendre que leurs tourments sont aussi les nôtres.
Il fait vivre ces personnages donc. Il nous permet d’être
ému mais aussi de rire à leurs dépens. Et il
inscrit leurs trajectoires dans une histoire immédiate que
nous reconnaissons. Nous trouvons en toile de fond du roman une
grève dans une ville industrielle pour préserver l’emploi
dans une usine automobile : si l’usine Rover est vendue au
géant BMW, il y aura restructuration et perte d’emploi.
Nous trouvons surtout en toile de fond les ravages de la politique
de Tony Blair, le fait qu’un homme de gauche poursuive une
politique de droite et privatise des pans entiers de la société.
Et nous trouvons enfin ce mensonge au peuple qu’est la justification
de la participation à l’invasion irakienne avec les
Etats-Unis.
La séance de vote de cette participation donne lieu à
une scène très culottée dans le roman. Je ne
vous en dis pas plus.
Le jour où paraîtra en France un roman dont les protagonistes
évolueront au gré de cette parodie de second tour
d’élection qui eut lieu en mai 2002, où ces
mêmes protagonistes auront à voir avec les manifestations
sur les retraites du gouvernement Raffarin, voire avec la flambée
de violence des banlieues en novembre 2005… Ce jour-là,
nous serons contents qu’un auteur nous livre sous forme romanesque,
un tableau de notre histoire contemporaine la plus récente.
On peut admettre que certains esprits chagrins critiquent Jonathan
Coe pour son point de vue. Mais justement ce point de vue n’est
pas donné à tout le monde. Ce point de vue est ce
qui distingue l’écrivain du journaliste. C’est
une question de perspective.
En dehors de ces considérations, Le cercle fermé se
lit avec passion. Son écriture est virtuose et fait feu de
tout bois pour nous maintenir sous le charme.
Le seul reproche que l’on peut adresser à l’auteur
est le suivant : il prévoyait au départ une suite
de 6 romans qui auraient davantage détaillé la trajectoire
des personnages. On sent parfois dans ce roman, même s’il
fait son poids, que l’auteur embrasse trop et étreint
beaucoup. On s’est tellement attaché à Benjamin,
à Sophie, à Claire qu’on aimerait en savoir
plus.
En gros, on vient de dévorer 540 pages et on en voudrait
encore. On voudrait avoir toute sa vie des livres de cette qualité
à lire.
Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Mars 2006
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