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     LiVReS
 
LE CERCLE FERME
Jonathan COE

Traduit de l’anglais
par Jamila et Serge Chauvin

Gallimard - 546 pages

Brillant ouvrage brassant l’existence de plusieurs amis âgés de 40 ans, Le cercle fermé nous parle de l’histoire en train de se faire sous nos yeux. Jonathan Coe nous bouleverse et nous permet de mieux appréhender la réalité.


Le cercle fermé est le second tome d’un diptyque commencé avec Bienvenue au club. Pour ceux qui auraient oublié ce précédent livre, l’auteur Jonathan Coe a la bienveillance de mettre, en fin de roman, un résumé du roman précédent.

Nous retrouvons donc en quadragénaires, ces adolescents dont nous avions suivi le périple émotionnel durant les années 1970. Et leur manière d’être quadra nous renvoie à nous-mêmes, au temps qui passe et à la manière dont nous nous investissons dans nos couples, dans nos solitudes et dans la société.

Car Jonathan Coe est un formidable peintre de l’homme piégé dans le quotidien et de son insertion dans une forme plus vaste qu’on pourrait appeler l’Histoire, si l’on croit que l’Histoire a un sens, une visée, un but.

Dans Testament à l’anglaise, il nous avait déjà impressionné par sa description du Thatchérisme. Dans Bienvenue au club, il dépeignait en parallèle des émois adolescents, la perte d’influence du syndicalisme prédisposant à l’avènement du libéralisme.

Ce qui est formidable dans Le cercle fermé est qu’il fait vivre une dizaine de personnages, nous touche au plus profond en nous faisant comprendre que leurs tourments sont aussi les nôtres.

Il fait vivre ces personnages donc. Il nous permet d’être ému mais aussi de rire à leurs dépens. Et il inscrit leurs trajectoires dans une histoire immédiate que nous reconnaissons. Nous trouvons en toile de fond du roman une grève dans une ville industrielle pour préserver l’emploi dans une usine automobile : si l’usine Rover est vendue au géant BMW, il y aura restructuration et perte d’emploi.

Nous trouvons surtout en toile de fond les ravages de la politique de Tony Blair, le fait qu’un homme de gauche poursuive une politique de droite et privatise des pans entiers de la société. Et nous trouvons enfin ce mensonge au peuple qu’est la justification de la participation à l’invasion irakienne avec les Etats-Unis.

La séance de vote de cette participation donne lieu à une scène très culottée dans le roman. Je ne vous en dis pas plus.

Le jour où paraîtra en France un roman dont les protagonistes évolueront au gré de cette parodie de second tour d’élection qui eut lieu en mai 2002, où ces mêmes protagonistes auront à voir avec les manifestations sur les retraites du gouvernement Raffarin, voire avec la flambée de violence des banlieues en novembre 2005… Ce jour-là, nous serons contents qu’un auteur nous livre sous forme romanesque, un tableau de notre histoire contemporaine la plus récente.

On peut admettre que certains esprits chagrins critiquent Jonathan Coe pour son point de vue. Mais justement ce point de vue n’est pas donné à tout le monde. Ce point de vue est ce qui distingue l’écrivain du journaliste. C’est une question de perspective.

En dehors de ces considérations, Le cercle fermé se lit avec passion. Son écriture est virtuose et fait feu de tout bois pour nous maintenir sous le charme.

Le seul reproche que l’on peut adresser à l’auteur est le suivant : il prévoyait au départ une suite de 6 romans qui auraient davantage détaillé la trajectoire des personnages. On sent parfois dans ce roman, même s’il fait son poids, que l’auteur embrasse trop et étreint beaucoup. On s’est tellement attaché à Benjamin, à Sophie, à Claire qu’on aimerait en savoir plus.

En gros, on vient de dévorer 540 pages et on en voudrait encore. On voudrait avoir toute sa vie des livres de cette qualité à lire.


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Mars 2006

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