Bienvenue
au club raconte le parcours dun groupe dadolescents
en Angleterre, à Birmingham entre 1974 et 1978. Du rock
planant et symphonique à larrivée de Margaret
Thatcher au pouvoir. Ces adolescents (Benjamin, Doug, Philip
ou Steve) sont au centre du tableau, mais ils ne sont pas seuls.
Leurs parents occupent une place importante : Colin, le père
de Benjamin travaille aux usines British Leyland (automobile)
dans les ressources humaines alors que Bill, le père
de Doug, en est un des délégués syndicaux
les plus emblématiques.
Bienvenue au club est un roman dapprentissage que vous
devez lire si vous aimez lamour, le rock et les romans
qui ressemblent à de grands manteaux dans lesquels on
semmitoufle.
Évidemment, si lon veut être réducteur,
on dira que Jonathan Coe (auteur de Testament à langlaise)
raconte sa vie et celle de ses amis. Mais contrairement aux
autobiographes à la petite semaine dont le "moi"
est tout gonflé dencre, Bienvenue au club est une
authentique et majeure uvre littéraire qui innove
dans la forme (récit dans le récit, articles de
journaux, une phrase de 50 pages) et brasse un fond puissant.
Y sont évoqués la vie grisâtre en province,
le racisme envers les noirs, lémergence dun
parti xénophobe (le National Front, équivalent
du Front National français), le déclin du syndicalisme
et lessor du libéralisme sauvage.
Ne fuyez pas ! Il ne sagit pas dun pamphlet anti-mondialisation.
Dans ce roman club-sandwich, on trouve de fabuleux portraits
de jeunes gens et une histoire damour sans cesse renvoyée
à plus tard, mais qui éclot avec force et pureté.
Une histoire damour quon peut sans hésiter
classer parmi les plus belles et déchirantes quil
nous ait été donné de lire.
Un des personnages du roman donne la clé du récit
en avançant que les Anglais sont des gens qui doivent
concilier violence et mélancolie. Lune engendrant
à lautre et lautre répondant à
lune. En effet, violence et mélancolie vous envahissent
à la lecture de Bienvenue au club. Ces jeunes garçons
de 16 ans qui veulent écrire, faire de la musique, qui
sont mal à laise avec leurs corps et avec le désir
que leur inspirent les filles, ils ressemblent aux adolescents
que nous avons connus et éveillent une mélancolie
diffuse. La violence apparaît alors comme une piqûre
de rappel pour que nous noubliions pas la réalité
de lexistence : lhomme, bâtisseur dempires,
est un destructeur né.
La dernière partie du livre, Sous-bock vert (la phrase
de 50 pages), est inspirée par une chanson des High Llamas
(eux-mêmes très inspirés par le génie
de Brian Wilson et de ses Beach Boys). Jonathan Coe est subtil,
même dans ses références.