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     LiVReS
 
BIENVENUE AU CLUB
Jonathan COE

Traduit de l’anglais
par Jamila et Serge Chauvin

Gallimard - 530 pages
Bienvenue au club raconte le parcours d’un groupe d’adolescents en Angleterre, à Birmingham entre 1974 et 1978. Du rock planant et symphonique à l’arrivée de Margaret Thatcher au pouvoir. Ces adolescents (Benjamin, Doug, Philip ou Steve) sont au centre du tableau, mais ils ne sont pas seuls. Leurs parents occupent une place importante : Colin, le père de Benjamin travaille aux usines British Leyland (automobile) dans les ressources humaines alors que Bill, le père de Doug, en est un des délégués syndicaux les plus emblématiques.

Bienvenue au club est un roman d’apprentissage que vous devez lire si vous aimez l’amour, le rock et les romans qui ressemblent à de grands manteaux dans lesquels on s’emmitoufle.

Évidemment, si l’on veut être réducteur, on dira que Jonathan Coe (auteur de Testament à l’anglaise) raconte sa vie et celle de ses amis. Mais contrairement aux autobiographes à la petite semaine dont le "moi" est tout gonflé d’encre, Bienvenue au club est une authentique et majeure œuvre littéraire qui innove dans la forme (récit dans le récit, articles de journaux, une phrase de 50 pages) et brasse un fond puissant. Y sont évoqués la vie grisâtre en province, le racisme envers les noirs, l’émergence d’un parti xénophobe (le National Front, équivalent du Front National français), le déclin du syndicalisme et l’essor du libéralisme sauvage.

Ne fuyez pas ! Il ne s’agit pas d’un pamphlet anti-mondialisation. Dans ce roman club-sandwich, on trouve de fabuleux portraits de jeunes gens et une histoire d’amour sans cesse renvoyée à plus tard, mais qui éclot avec force et pureté. Une histoire d’amour qu’on peut sans hésiter classer parmi les plus belles et déchirantes qu’il nous ait été donné de lire.

Un des personnages du roman donne la clé du récit en avançant que les Anglais sont des gens qui doivent concilier violence et mélancolie. L’une engendrant à l’autre et l’autre répondant à l’une. En effet, violence et mélancolie vous envahissent à la lecture de Bienvenue au club. Ces jeunes garçons de 16 ans qui veulent écrire, faire de la musique, qui sont mal à l’aise avec leurs corps et avec le désir que leur inspirent les filles, ils ressemblent aux adolescents que nous avons connus et éveillent une mélancolie diffuse. La violence apparaît alors comme une piqûre de rappel pour que nous n’oubliions pas la réalité de l’existence : l’homme, bâtisseur d’empires, est un destructeur né.

La dernière partie du livre, Sous-bock vert (la phrase de 50 pages), est inspirée par une chanson des High Llamas (eux-mêmes très inspirés par le génie de Brian Wilson et de ses Beach Boys). Jonathan Coe est subtil, même dans ses références.


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Février 2003
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