NOIRS
QUARTIERS
Stéphanie BENSON
Hervé LE CORRE
Philippe COUGRAND
Eric TARRADE
Ours Polar Editions – 127 pages
Invités
par la mairie de Blanquefort, en Gironde, quatre auteurs Aquitains
ont sillonné la ville en quatre quartiers pour lui consacrer
quatre fictions policières. Stéphanie Benson (Berlinale
Blitz au Seuil/Point et Moros à L’Atalante), Hervé
Le Corre (L’homme aux lèvres de Saphir chez Rivages/Noir),
Philippe Cougrand (Folies-Batignoles à L’Ecailler
du Sud) et Eric Tarrade (Venin, place Maucaillou chez Autrement/Noir
Urbain) ont donc livré quatre purs moments de polar urbain
et c’est l’association L’Ours Polar, menée
de front par le couple Frédérique Sunder/Christophe
Dupuis qui s’est occupée de l’édition
– une première dans la maison dont il faut faire
un succès. D’une part parce qu’il est mérité,
d’autre part parce que les manuscrits pleuvent sur les
étagères du siège social de Saint Macaire
et qu’on trouve parmi eux de vraies perles…
Une chasse à l’homme autour de l’usine Ford,
c’est le sujet de Stéphanie Benson avec son Paraphernalia
qui ouvre le recueil. Un récit en multi-narration mettant
en scène un jeune chômeur payé pour une
mission étrange dans laquelle se télescopent les
souvenirs d’une sale guerre, un sanglier éventré,
les vignobles du Médoc et un commando suréquipé
en mal d’émotion forte.
Une grand-mère descendue au bal pour se souvenir d’un
début de XXe siècle, plus riche, plus beau, plus
doux où elle trouva l’amour. Ronde-bosse, la nouvelle
de Philippe Cougrand possède le charme d’un style
volontairement suranné qui semble tenir à cœur
à cet excellent auteur. La chute, bon sang la chute !
Dans Partir, Hervé Le Corre met en scène une tentative
de ré-illusion de la vie par un pauvre type qui découvre
l’amour et le pain noir de la vie de couple. Ou comment
on tente de faire fleurir des roses sur du bitume quand rien
ne vous prédestine au bonheur. Le terrible constat d’un
destin qui n’est pas écrit.
Enfin, le recueil se referme amèrement avec La vie de
château d’Eric Tarrade qui, bien entendu, ne possède
rien du confort des salons boisés de l’Aristocratie
bordelaise. Sorte de Tatie Danièle revisité par
un auteur coriace et acide. On se souvient à sa lecture
qu’au cour de leur préface, Vincent Feltresse,
Maire de Blanquefort et Michel Bret, adjoint à la culture,
parlaient d’un "livre inattendu, peut-être
dérangeant".
Un livre inattendu et dérangeant, ce commentaire sonne
comme une critique hautement positive au vu de certaines publications
du moment qui s’autobaptisent policières pour ratisser
large. Noirs quartiers en remontre avec le choix judicieux de
ces quatre auteurs en parfaite adéquation avec le genre,
un genre qui n’accepte pas les compromis, ni la douleur
de récits vraiment sombres. Noir brut. Et on ne peut
que saluer l’initiative de la ville de Blanquefort et
de l’Ours Polar d’avoir invité ce quatuor
à plumes pour une plaquette touristique d’un style
tout à fait nouveau.