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LOS ANGELES RIVER
Michael CONNELLY

Traduit de l’anglais (Etats Unis)
par Robert Pépin

Seuil Policier - 380 pages
Vous partez en vacances ? Vous avez envie de vous détendre avec un bon polar ? N’achetez pas ce livre.


La plupart des gens brident leurs envies et leurs talents dans leur travail. Peu importe ce qu’ils veulent ou l’étendue de leur imagination, ils savent qu’ils doivent gagner leur croûte et pour cela rentrer dans un moule contraignant que la société a réalisé à leur attention.

Mais comme la société n’est pas à une contradiction près, elle demande aux personnes qu’elle a formatées, parfois en leur rognant les ailes, de donner le meilleur d’elles-mêmes. Beaucoup ont entendu ce reproche de la bouche d’une autorité supérieure : "Tu ne t’investis pas assez, tu devrais te donner à cent pour cent !"

Voilà à quoi je pensais en lisant Los Angeles river de Michael Connelly, où l’on retrouve nombre de personnages créés par le romancier. Bob Backus et Rachel Walling viennent du Poète, Le fantôme de Terry Mac Calleb vient de Créances de sang et Harry Bosch est le héros récurrent, l’alter ego de Connelly.

La raison pour laquelle j’ai voulu lire ce roman est la suivante : il est toujours émouvant de voir un écrivain réunir les personnages qu’il a inventés dans une œuvre. C’est une tentation Balzacienne qui habite aussi les auteurs de polars.

La veuve de Mac Calleb contacte Harry Bosch, retraité de la police et devenu privé, pour qu’il enquête sur la mort de son mari, ex-Profiler. Cette enquête va le mener sur les pas du Poète, un serial killer qu’on croyait mort.

Hormis la tendresse des rapports entre Harry Bosch et sa fille, il n’y a pas grand-chose à racheter dans ce bouquin. Ecrit en tirant à la ligne, Connelly s’acquitte de sa tâche : torcher 400 pages que vous pourrez emmener à la plage et sur lesquelles vous pourrez vous endormir pendant la sieste.

Il y a quelque chose de triste à constater qu’un auteur dont les premiers livres sont formidables et laissaient espérer un successeur au James Ellroy du Dahlia noir, est devenu un pisse-copie qui applique des recettes. Dans un polar, la figure du "méchant" est primordiale. Ici, elle n’existe qu’en tant que caricature. Le méchant fait aussi peur que dans les téléfilms débiles de M6.

Après plus de 300 pages d’enquête plan-plan qui n’ont jamais défrisé notre poil, nous avons droit, comme nous avons été sages, à un morceau de bravoure. Les éléments se déchaînent, la nature devient folle et j’en tremble encore.

Pour conclure, on est en droit de dire à ce bon Michael que le savoir-faire n’est pas tout. Il faut donner sa chair et son sang pour une histoire. Michael, tu ne t’investis pas à cent pour cent !

Un conseil, relisez tous ses premiers romans (La blonde en béton, Le poète). Ils laissaient présager un grand écrivain.


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Juillet 2004
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