QUELQUE
CHOSE DE POURRI
AU ROYAUME D'ANGLETERRE
Robin COOK
Traduit de l'anglais par Jean-Paul Gratias
Rivages - 324 pages
CUISINE
POLITIQUE
Dans la lignée d'Orwell, un roman de politique-fiction
admirablement écrit, qui fait froid dans le dos.
"Je m'appelle Richard Watt […] J'aimais le journalisme
politique parce que j'étais doué pour ça,
et parce que c'est un sujet qui concerne toutes les classes
sociales. Lié à aucun parti, j'étais libre
d'écrire tout ce que je voulais, du moment que mes articles
étaient honnêtes et rédigés d'une
plume incisive. Je restais imperméable aux "suggestions"
des rédacteurs en chef, et aux propos des députés
qui m'invitaient à dîner ou à déjeuner".
Mais ce temps est fini. L'Angleterre est passée sous
le joug du Nouvel Elan, conduit de main de fer par son leader
Jobling. La situation est si catastrophique, si totalitaire,
que l'Ecosse et le Pays de Galles ont fait sécession…
Sentant le vent tourner, et avant que le pays en arrive là,
Watts s'était exilé en Italie où, avec
sa femme, ils avaient acheté une ferme, cultivant la
vigne, sous le soleil écrasant du Sud… Mais les
jours heureux touchent à leur fin. Jobling qui n'a pas
oublié la honte que lui avait fait le journaliste lors
d'un débat télévisé cinq ans auparavant,
fait tout pour le faire extrader d'Italie…
Dans la lignée de 1984
Dédié à toutes les victimes, Quelque chose
de pourri au royaume d'Angleterre frappe par sa force et son
évocation. Dans la lignée de 1984 de Georges Orwell,
sa description de l'Angleterre fait froid dans le dos. La détermination
de Watt est magnifique : "Tant que je pus me battre, je
leur résistais, et quand je m'effondrais, ce fut parce
que mon corps n'en pouvait plus, et en aucune façon parce
que j'avais épuisé ma réserve de haine".
Et son combat, lorsqu'il revient en Angleterre s'annonce plus
que rude : "Mais examiner un fait sur le plan intellectuel,
cela ne peut jamais être la même chose que de le
vivre, et vivre cet enfer-là, c'était une expérience
que j'étais sur le point de connaître, alors que
le train poursuivait sa route en ferraillant, à tâtons,
dans l'obscurité"…
Le texte est admirable, particulièrement bien écrit
(les chapitres sur l'Italie sont d'une rare beauté),
et on se dit que c'est une bonne chose qu'il ait finalement
fini par être traduit en France, pour les malheureux comme
moi, qui ne lisent pas l'anglais dans le texte…