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     LiVReS
 
FOLIE DOUCE
James CRUMLEY

Traduit de l’anglais (Etats-Unis)
par Patrice Carrer

Fayard Noir - 494 pages
Un roman hautement recommandable pour tous ceux qui savent qu’un bon polar est un trajet vers l’enfer mené à fond de caisse et en riant pour ne pas pleurer.


Ne vous fiez pas au dessin de couverture qui ressemble à un gros pâté. Ne vous fiez pas au titre. Le titre original, The right madness, pouvant être traduit par Une juste folie, plus proche de l’esprit du livre.

Folie douce est le dernier roman de James Crumley. Il vient de paraître chez Fayard Noir et sa lecture nous rappelle, s’il en était besoin, que Crumley excelle dans le portrait d’un pays déglingué, déshumanisé, et qu’il est capable dans ses bons jours de nous écrire un grand roman.

C’est le cas ici, comme dans Le dernier baiser (son chef d’œuvre qui ressort en Folio Policier) ou La danse de l’Ours. Crumley retrouve un de ses personnages favoris, C.W. Shughrue, qui a dépassé la cinquantaine et mène une existence quasi harmonieuse à Meriwether, dans le Montana. Un de ses amis lui demande d’enquêter sur ses plus anciens patients. L’ami en question est psy et le disque dur de son ordinateur a été piraté. Le psy craint que ses patients soient en danger.

Tel est le point de départ d’une intrigue fumeuse et complexe qui amènera Shughrue à traverser les Etats-Unis en passant par Seattle et les coins pouilleux du Texas.

Cette dérive au fil des USA est une description en coupe d’un pays rongé par la violence, la bêtise et l’alcool. Shughrue, détective privé aux méthodes peu orthodoxes, est un ancien du Vietnam, hanté par la brutalité de son passé. La vie à peu près stable qu’il mène au début du roman, est un château de cartes que le vent emporte.

En fait, ce livre, toutes proportions gardées, pourrait s’appeler Illusions perdues. Même s’il s’agit d’un polar, il y a une dimension indéniable de roman initiatique chez Crumley, une mise à nu de l’âme humaine à travers les épreuves.

Roman d’apprentissage où le surgissement de la violence (voire de la bestialité) fait penser au cinéma de Sam Peckinpah, Folie douce, a aussi l’intelligence de changer de rythme au long de près de 500 pages.

On évolue ainsi d’un roman sympa, pépère, une sorte de déambulation cool et alcoolisée vers un roman aux scènes hallucinantes dignes de l’apocalypse. Cela dit, ne croyez pas lire du James Ellroy première manière. Non, ici la violence est d’autant plus forte qu’elle est racontée à l’aide d’ellipses.

Bien traduit, ce qui n’a pas été le cas de tous les Crumley, vous vous laissez couler dans les méandres du récit. Et certains paragraphes vous prennent par le col et vous scotchent au mur.


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Décembre 2005
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