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     LiVReS
 
LA CONTREE FINALE
 James CRUMLEY
 
Traduit de l’anglais (Etats-Unis)
par Philippe Garnier
 
Gallimard / La noire - 416 pages
En France, James Crumley est un auteur culte. Il le mérite certainement, car son écriture possède souffle et ampleur, mais le paradoxe veut qu’il ne soit pas toujours bien servi par ses traducteurs. Certains de ses livres ont même été hachés menus, rendus illisibles ce qui est quand même un comble.

La Frontière finale est traduit par Philippe Garnier, célèbre journaliste et critique de rock, qui part du principe que certains termes américains n’ont pas besoin d’être traduits. Et il va assez loin dans son principe, ce qui parfois nuit au bon déroulement de la lecture. Cela dit, Garnier est quelqu’un de fin et de cultivé et il fait souffler l’esprit de James Crumley. Chipotons mais ne boudons pas notre plaisir.

Car plaisir il y a. En effet, dans ce roman, les amateurs de Crumley retrouvent Milo Milodragovitch, alter ego du romancier. Milo qui a grandi dans le Montana, qui a fait le Vietnam et qui a embrassé la carrière de détective autant parce qu’il ne savait rien faire d’autre que parce que rien d’autre ne l’intéressait. À la suite d’une enquête qui l’a mené au Texas, où il est tombé amoureux d’une rousse vétérinaire (il s’agit du précédent polar de Crumley), Milo s’est établi dans cet état. Il a de l’argent et rien ne l’empêcherait de couler des jours paisibles et de s’occuper du bar qu’il a en gérance et qui sert à blanchir de l’argent sale si ce n’est que son boulot de détective le met en contact avec un grand noir qui vient de sortir de prison et qui est mêlé à une de ces sombres affaires qu’il ne vaut mieux pas déterrer.

L’histoire est touffue et grouille de personnages plus baroques les uns que les autres. On pourrait s’y perdre, mais, au contraire, on se laisse porter. Crumley dresse un tableau du Texas qui correspond à nos pires cauchemars. Violent, corrompu, dégénéré. George Bush n’est pas présent dans son roman. Cela dit, on serait à peine étonné s’il s’y pointait. On trouve des personnages qui lui ressemblent : nigauds autant que finauds et entourés d’aigrefins.

Milo, lui, est profondément attachant. Il est pour une bonne part dans l’originalité du livre. Vieux trompe-la-mort de 60 ans et plus, il boit comme un trou, s’enfile des rails de coke, se fait défoncer le portrait et perd les dernières illusions qui lui restaient.

J’ajoute que si vous découvrez cet auteur, vous devez absolument lire Le dernier baiser et La danse de l’ours. Ce sont de grands livres et Crumley est bien le continuateur de Chandler. Et au passage, vous apprendrez qu’il ne faut jamais se moquer des ours et éviter qu’ils vous crachent dessus.


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Juin 2002
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