Traduit de l’anglais (Nouvelle-Zélande) par
Pierre Furlan
Actes Sud - 302 pages
Geoff
Cush a beaucoup d’imagination. Preuve en est le postulat de
son dernier roman, Graine de France, qui imagine notre beau pays exercer
son protectorat sur la partie nord de la Nouvelle-Zélande.
Nous sommes alors dans les années trente et le lieutenant Verdier,
en poste à la Nouvelle-Lyon (capitale de la colonie), est chargé
de convoyer depuis Wellington la Citroën dernier modèle
que le gouverneur a commandé en métropole…
Verdier se fera voler la voiture, se "perdra" dans les forêts
de la Terre du Long Nuage, rencontrera Marama l’institutrice
maorie révoltée, le père Claude, missionnaire
tolérant, et surtout Titoko, indigène iconoclaste et
incontrôlable qui aimerait tant pousser sa communauté
à s’affranchir de la domination des colons.
Dans un récit habité qui transmet au lecteur tout le
mystère, l’épaisseur, la moiteur du climat et
de la végétation néo-zélandaise, Geoff
Cush exprime toute la tension, tout le ressentiment qui peuvent naître
entre un peuple spolié de ses terres et de ses coutumes, et
les Pakéhas (les blancs) dont la volonté de supériorité
universelle finit inévitablement par se retourner contre eux.
Entre portraits au vitriol des communautés britannique et française,
et délirante cruauté maorie (dans laquelle le rôle
de l’absinthe n’est pas négligeable), Graine de
France est un roman atypique que l’on ne saurait classer dans
aucune catégorie commode. Ni roman historique, ni pamphlet,
ni plaidoyer… c’est plutôt de fantaisie cynique
qu’il faudrait parler. Une fantaisie qui ferait alterner humour
et tragédie avec ce même détachement qu’affectent
les personnages principaux sous l’effet des cigarettes de cannabis
qu’ils consomment sans modération.