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     LiVReS
 
12, RUE MECKERT
 Didier DAENINCKX
 
Gallimard - Série Noire - 312 pages
Maxime Lisbonne est un journaliste indépendant qui enquête sur une sordide affaire de viol et de meurtre d’adolescentes handicapées, dite : "les disparues de Châteauroux" pour le compte d’une agence de presse. Parallèlement, deux journalistes avec lesquels il avait fondé un journal d’investigation dans les années 80 se font tuer. Il va mener de pair l’élucidation de ces deux mystères qui, non seulement se rejoignent, mais débouchent sur une révélation bien intéressante.

Voilà la trame du dernier roman de Didier Daeninckx, paru dans la nouvelle mouture de la Série Noire. (Entre parenthèses, ce reformatage de la Série Noire n’est pas une réussite : le format est moins maniable, la couverture s’écorne facilement le livre coûte 20 Francs de plus et la photo de couverture ne fera pas revenir Robert Doisneau d’entre les morts…).

Didier Daeninckx est un cas qui retient l’attention. Sans nul doute, un de nos meilleurs auteurs de polars, il a eu le don (faut-il dire le talent ?) de se faire beaucoup d’ennemis. Il a mis au jour dans Nazis dans le métro la collusion entre extrème-gauche et extrème-droite. Il a accusé Gilles Perrault, l’auteur du Pull-over rouge d’être un exemple vivant de cette collusion d’intérêts.

Actuellement Daeninckx est détesté par une bonne partie des auteurs de polars. Ils lui reprochent de faire des procès d’intention et, à force de soulever des affaires, d’être devenu une sorte de grand inquisiteur. Le résultat est frappant : aucun article n’est paru sur son roman. Il n’a eu droit qu’à des notules de dix lignes au maximum.

Finalement, soulever des affaires, c’est de cela qu’il s’agit et à plus d’un titre dans 12, rue Meckert. On peut critiquer l’auteur tant qu’on veut. Il n’en demeure pas moins vrai qu’en le lisant, on a le sentiment irremplaçable de lire un roman contemporain, évoquant ce que la société du spectacle essaye de cacher sous la nappe du divertissement. Il nous parle de l’affaire Emile Louis qui a défrayé la chronique, il n’y a pas si longtemps. Il nous parle des hommes politiques inféodés à des groupes d’intérêt. Il s’interroge sur l’indépendance des journalistes.

Ce qui sauve Maxime Lisbonne et le lecteur d’une noirceur totale, c’est le sentiment amoureux. Maxime Lisbonne est amoureux d’Eléonore, une charmante dame exerçant ses talents dans une agence immobilière, si férue de Paris qu’elle fait faire à son amoureux le tour des hôtels de la capitale. Il s’agit de la visite de Paris et d’un allant certain vers le septième ciel.

Ajoutons, pour terminer, que Daeninckx est un écrivain de l’ère Internet. Il collabore au site Amnistia (www.amnistia.net) où il écrit des articles d’investigation, de ceux qui ne peuvent pas être repris par la presse quotidienne ou hebdomadaire appartenant à de grands groupes financiers.

Non décidément, un romancier qui met tant d’ardeur à se faire continuellement des ennemis ne peut qu’être notre ami. La théorie de Mulder et Scully, selon laquelle on nous cache des choses et on nous manipule, a trouvé son maître.


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Novembre 2001
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