Untitled Document
 

     LiVReS
 
ITINERAIRE
D’UN SALAUD ORDINAIRE

Didier DAENINCKX

Gallimard - 310 pages
Le nouveau Daeninckx paraît dans la prestigieuse collection "blanche" de Gallimard, mais s’avère trop superficiel pour perturber un tant soit peu la quiétude de la vénérable maison.

Didier Daeninckx fait partie de ces auteurs qui ont une place à part dans notre cœur. Auteur militant, il plonge sa plume depuis plusieurs décennies dans l’actualité, l’Histoire (grande et petite) et la politique pour nous concocter des nouvelles et des romans, souvent pertinents, toujours noirs.

Récemment adoubé par Gallimard pour intégrer "la blanche", il quitte aujourd’hui le polar qui l’a consacré pour un roman plus traditionnel à l’ambition affichée : Itinéraire d’un salaud ordinaire. Comprenez le portrait édifiant d’un fonctionnaire de police dont la carrière s’étend de 1942 à 1981, de la collaboration à l’élection de François Mitterrand.

Un peu de droit, la nécessité de travailler, une police collaborationniste qui a besoin d’hommes : la carrière de Clément Duprest est toute tracée. Peu regardant sur les méthodes, son goût de l’ordre et de la loi font merveille. Sans haine, mais sans remords, il commence un parcours de flic obéissant et fidèle. Son efficacité dans la chasse aux juifs et aux "terroristes" est remarquée et lui vaut quelques ennuis à la Libération. Mais ayant pris soin, sur les conseils avisés de son beau-père, de donner quelques gages aux gaullistes dès début 44, il échappe à l’épuration et poursuit son ouvrage pour le compte de la République aux prises, successivement ou simultanément, avec les communistes, les indépendantistes, les gauchistes, les socialistes… et les coluchistes !

Catalogue de coups tordus traités avec superficialité, Itinéraire d’un salaud ordinaire aurait mérité neuf cents pages denses et documentées. Au lieu de quoi, quarante années riches en événements sont survolées au pas de course. Et ce ne sont pas les noms connus que l’on retrouve généreusement saupoudrés au fil des pages qui suffisent à faire illusion. Pas plus que le style exagérément plat et édulcoré d’un Daeninckx des mauvais jours.

On en vient à se demander si les ors prestigieux de la vénérable maison de la rue Sébastien Bottin n’ont pas anesthésié cette chère grande gueule que l’on aime tant. Trop poli et trop lisse pour satisfaire ses lecteurs de toujours. Trop convenu pour que l’on accroche. Il y avait matière à plus de méchanceté argumentée et à moins de clichés réducteurs (le fils succédant au père). Didier Daeninckx est passé à côté de l’opportunité qui lui était offerte de secouer la somnolence des notables de la littérature "comme il faut". C’est une grosse déception.


Joël Fompérie
© Jowebzine.com - Octobre 2006
Untitled Document













Untitled Document
Copyright © 2001-2006 - Tous droits réservés