Untitled Document
 

     LiVReS
 
LES FRERES HOLT
Marcia DAVENPORT

Le Promeneur - 520 pages
Les frères Holt est un de ces romans que l'on découvre par hasard mais qui nous marque durablement. A découvrir absolument.


Profondément marqués par l’éducation austère d’une grand-mère acariâtre et arc-boutée sur son appartenance à la bourgeoisie new-yorkaise, les frères Holt, Seymour et Randall, tenteront de vivre une existence normale au-delà de son emprise, en ce début de vingtième siècle. Mais après des années de luttes vaines contre un inextinguible destin farceur, ils se trouvent réunis dans l’immense demeure familiale du faubourg de New York qui ploie lentement sous le poids des ans et des amoncellements qui la défigurent.

Les rencontres que l’on peut faire au cours de sa vie avec certains romans sont du même ordre que celles faites avec certains humains. Un type entre dans un bureau un jour avec un livre à la main et, s’adressant à une personne qui n’est pas moi, dit : "Tiens, tu rendras ça à ta femme. Elle avait raison, c’est une merveille. J’ai même du mal à te le ramener." Souvent, une présentation en trois phrases suffit. J’ai noté les références du livre que le préteur avait laissé négligemment traîner sur une table et me suis dépêché chez mon libraire (dont je parlerais un de ces jours si le rédac’ chef m’en donne l’autorisation).

Les frères Holt est un habile mélange d’à peu près tout ce qui ronge le cœur des hommes, d’à peu près tous leurs désirs de possessions, d’à peu près tous leurs combats perdus contre les femmes, d’à peu près tout ce qu’on a pu raconter sur le New York de la fin du XIXe. Amour, haine, passion, romantisme, aventures flirtant très habilement avec une ambiance mystérieuse piochés dans les grands classiques du genre La chute de la maison Husher de Poe, Le temps de l’innocence de Wharton et immanquablement Le maître de Ballantrae de Stevenson (peut-on suspecter au passage Thierry Jonquet de s’être lui-même inspiré des Holt pour écrire son très enfermant La bête et la belle - Série Noire n° 2 000 - 1985 ?).

On respire mal chez les Holt, de cet asthme accablant qui rendent les rares moments de bonheur plus inquiétant encore que l’avenir sombre qu’ils laissent entrevoir. Dedans, les pianos nécrosent l’endroit plus rapidement que la poussière, les billets de banques servent à caler les meubles bancals et des années de périodiques font un étonnant emballage phonique qui isolera jusqu’au sommeil les derniers êtres vivants de cette histoire, qui achèvent de se racornir, livrés à une malédiction parfaitement entreprise dès les premiers chapitres. Dehors, on voit se noircir la façade de cette ancienne belle bâtisse qui, peu à peu, se laisse distancer des quartiers riches.

Et quand on referme ce petit pavé, on se rend compte que Marcia Davenport a agît comme la grand-mère Holt elle-même : en posant des jalons un peu partout pour que jamais plus on ne trouve séduisant ni New York, ni Vienne, ni les bords du lac de Côme. Les frères Holt est un roman noir, quoi.


Sébastien D. Gendron
© Jowebzine.com - Novembre 2003
Untitled Document













Untitled Document
Copyright © 2001-2006 - Tous droits réservés