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LES BARATINEURS
Anna DAVIS

Traduit de l'anglais par Dominique Defert

Nil Editions - 378 pages
Les éditions Nil publient le second roman d’Anna Davis, jeune auteur de 31 ans, dont le premier roman Le dîner avait été remarqué l’année dernière. Ce livre est affublé du titre Les baratineurs, qui n’a pas grand-chose à voir avec le fond du roman ni avec son titre original (Melting) évoquant l’idée du mélange des genres et des personnalités.

Devant le titre français, comme devant l’illustration de couverture, le lecteur prend peur. La talentueuse Anna Davis raconterait-elle des histoires d’embrouille. Rendrait-elle hommage aux comédies de série Z interprétées par Aldo Macionne ? Il n’en est rien. Il s’agit juste du mauvais goût d’un éditeur qui ne met pas en valeur sa production, même lorsqu’elle est de qualité. Ne vous arrêtez pas aux apparences et plongez dans ce livre.

Fran, Jason et Eileen forment une confrérie d’arnaqueurs. Ils volent ou spolient en usurpant des identités. Ils jouent de la crédulité de leurs victimes qu’ils repèrent la plupart du temps lors de voyages en train. Un beau jour, Jason, qui est le cerveau de la bande, décide de passer à la vitesse supérieure et de monter une arnaque susceptible de leur apporter la richesse. Il va convaincre un peintre, dont le père est millionnaire, d’ouvrir un restaurant où ses œuvres seraient exposées.

En fait, il s’agit de dépasser les apparences. Et la combine qui se déroule à Cardiff (ville dont Anna Davis est originaire) permet le dévoilement des personnalités des trois protagonistes. Unis au départ, leurs intérêts vont diverger. Selon un art consommé de la comédie douce-amère, rien ne se passe comme prévu. Et le plus intéressant est la manière dont le trio réagit face aux impondérables. Comme ils se retrouvent devant une situation qui ne leur laisse aucune prise, leurs attitudes par rapport à l’amour ou à la solitude, deviennent fondamentales. Certains en sortiront grandis, d’autres y laisseront leur santé et davantage…

Voilà pourquoi Anna Davis apparaît comme un auteur de première catégorie. À travers la comédie, jouant sur les stéréotypes, elle dévoile les caractères de ses héros. Elle leur octroie la chance d’être dévoilés ou d’agir de manière à pulvériser les-dits stéréotypes.

Les baratineurs est un roman dans lequel on rentre lentement ou tranquillement. Mais une fois qu’on s’y sent aussi bien que dans un fauteuil au coin du feu, il vous harponne. Les cent dernières pages notamment se dévorent d’un trait. Vous n’êtes pas prêt d’oublier le trio infernal dépassé par les évènements qu’il a lui-même initié.


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Octobre 2002
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