Les
éditions Nil publient le second roman dAnna Davis,
jeune auteur de 31 ans, dont le premier roman Le
dîner avait été remarqué lannée
dernière. Ce livre est affublé du titre Les baratineurs,
qui na pas grand-chose à voir avec le fond du roman
ni avec son titre original (Melting) évoquant lidée
du mélange des genres et des personnalités.
Devant le titre français, comme devant lillustration
de couverture, le lecteur prend peur. La talentueuse Anna Davis
raconterait-elle des histoires dembrouille. Rendrait-elle
hommage aux comédies de série Z interprétées
par Aldo Macionne ? Il nen est rien. Il sagit juste
du mauvais goût dun éditeur qui ne met pas
en valeur sa production, même lorsquelle est de
qualité. Ne vous arrêtez pas aux apparences et
plongez dans ce livre.
Fran, Jason et Eileen forment une confrérie darnaqueurs.
Ils volent ou spolient en usurpant des identités. Ils
jouent de la crédulité de leurs victimes quils
repèrent la plupart du temps lors de voyages en train.
Un beau jour, Jason, qui est le cerveau de la bande, décide
de passer à la vitesse supérieure et de monter
une arnaque susceptible de leur apporter la richesse. Il va
convaincre un peintre, dont le père est millionnaire,
douvrir un restaurant où ses uvres seraient
exposées.
En fait, il sagit de dépasser les apparences. Et
la combine qui se déroule à Cardiff (ville dont
Anna Davis est originaire) permet le dévoilement des
personnalités des trois protagonistes. Unis au départ,
leurs intérêts vont diverger. Selon un art consommé
de la comédie douce-amère, rien ne se passe comme
prévu. Et le plus intéressant est la manière
dont le trio réagit face aux impondérables. Comme
ils se retrouvent devant une situation qui ne leur laisse aucune
prise, leurs attitudes par rapport à lamour ou
à la solitude, deviennent fondamentales. Certains en
sortiront grandis, dautres y laisseront leur santé
et davantage
Voilà pourquoi Anna Davis apparaît comme un auteur
de première catégorie. À travers la comédie,
jouant sur les stéréotypes, elle dévoile
les caractères de ses héros. Elle leur octroie
la chance dêtre dévoilés ou dagir
de manière à pulvériser les-dits stéréotypes.
Les baratineurs est un roman dans lequel on rentre lentement
ou tranquillement. Mais une fois quon sy sent aussi
bien que dans un fauteuil au coin du feu, il vous harponne.
Les cent dernières pages notamment se dévorent
dun trait. Vous nêtes pas prêt doublier
le trio infernal dépassé par les évènements
quil a lui-même initié.