Que
se passe-t-il quand des citadins snobs doivent cohabiter avec des
adeptes du retour à la vie sauvage ? Une fable corrosive qui
nous fait réfléchir sur nos propres addictions.
Il y a bien longtemps, dans un monde oublié et dont seuls les
anciens se souviennent, il y avait une émission littéraire
appelée Apostrophes. Cette émission, non contente de
faire le point chaque semaine sur l’actualité littéraire,
se permettait de faire connaître des auteurs étrangers,
américains, mais aussi espagnols ou italiens.
Cette époque lointaine n’existe plus que dans les souvenirs
des anciens. Prenez la littérature italienne. Je me souviens
que l’animateur d’Apostrophes y avait reçu Italo
Calvino, Alberto Moravia ou encore Fruttero et Lucentini.
C’était une ère où la France était
ouverte sur le monde, sur ses voisins, lointains ou proches. Un temps
où "la France, tu l'aimais et tu n’avais pas envie
de la quitter". Un temps où évoquer l’Italie
ne signifiait pas se focaliser sur le tour de poitrine de la bellissima
Monica Belluci.
Ces quelques réflexions un brin passéistes viennent
à l’esprit en lisant Week-end à Tournevent, le
dernier roman d’Andrea De Carlo. Roman qui est passé
inaperçu aux yeux de la presse, alors qu’il mérite
qu’on s’y arrête.
En effet, ce roman est l’improbable rencontre entre cinq bobos
symptomatiques de l’ère Berlusconi (où le clinquant
et la laideur ont manqué envahir l’Italie autant que
l’économie de marché sous stéroïdes)
et de quelques laissés pour compte, ex-soixante-huitards utopistes,
vivant dans une ferme abandonnée.
Ce roman est passionnant parce qu’il fait se rencontrer les
deux faces opposées et excessives qui ont abîmé
la stabilité de nos voisins transalpins. L’extrême
gauche et ses dérives d’un côté, la mainmise
sur les consciences et leur abêtissement grâce au pouvoir
médiatique de l’autre.
L’histoire est la suivante : quatre amis milanais ayant dépassé
la quarantaine sont transportés dans un coin perdu par un agent
immobilier afin de découvrir l’ensemble qu’ils
projettent d’acheter, dans le but de se retrouver en vacances.
Parmi eux, on trouve un architecte, une éditrice, un fabricant
de meubles et une présentatrice de télé. Tous
accros à leurs téléphones portables et tous amis
à condition que l’amitié soit sans enjeux et presque
irréelle.
Après avoir accompli l’essentiel du trajet, le monospace
qui les véhicule a un accident et ils se retrouvent dans une
zone coupée du monde, c’est-à-dire une zone où
ils n’arrivent plus à utiliser leurs portables.
Et voilà que ces citadins vont devoir cohabiter avec une communauté
qu’ils jugent composée d’arriérés.
N’en dévoilons pas plus, mais précisons que Giro
di vento (titre original) est une œuvre jouissive car elle nous
fait rencontrer des personnages qui, au départ, ont tout de
caricatures mais que l’auteur va tenter, au fur et à
mesure du récit, d’humaniser ou en tout cas de comprendre.
À ce titre, il est réjouissant, à la fin du roman,
de remarquer les personnages qui auront évolué et ceux
qui auront stagné.
Quant à Andrea De Carlo, on eut aimé le croiser au hasard
d’un plateau télévisé. D’autant que
son précédent roman s'est vendu à plus de 200
000 exemplaires et que l’on respecte ces critères de
réussite sur le marché audiovisuel français.
Andrea De Carlo est né en 1952 à Milan. Il a voyagé
en Amérique, en Australie. Il a été assistant
de Federico Fellini sur le tournage de E la nave va. Il a écrit
plus d’une dizaine de romans, il est musicien et photographe.
Et, détail piquant, il est vraiment beau gosse.
Alors pourquoi ne parle-t-on pas de son livre ? Peut-être parce
que son éditeur le publie (ce qui est bien aimable) mais n’a
pas décidé de faire une campagne de publicité
sur la sortie du roman… Alors, pour faire apprécier Andrea
De Carlo et son œuvre, nous allons utiliser l’option bouche
à oreille, en souhaitant que cela marche !