LES
JUINS ONT TOUS LA MEME PEAU
Rapport sur Boris Vian
Chloé DELAUME
La Chasse au Snark - 85 pages
Un
livre singulier et bouleversant… impossible à résumer
!
Il est très difficile de parler de certains livres. Les
juins ont tous la même peau appartient à cette
espèce. Par où commencer et comment rendre compte
en quelques lignes (et clairement) de sa singularité
? Peine perdue…
C’est d’abord le style qui frappe le lecteur (ou
qui le refrappe, quand il a déjà lu du Delaume).
Chloé Delaume tord le langage dans tous les sens de manière
déroutante, agressive parfois, mais belle. Ses phrases
sont musicales, rythmées, son vocabulaire riche et étrange,
sa syntaxe fantaisiste. Rien que pour son style, cela vaut le
coup de jeter un œil à ce court ouvrage.
Les juins ont tous la même peau (en référence
à Les morts ont tous la même peau de Boris Vian)
est le récit autofictionnel d’une révélation,
d’une quête obsessionnelle, d’une passion.
Révélation que la jeune Chloé - elle prendra
ensuite ce pseudonyme en référence à l’héroïne
de Vian - a en découvrant L’écume des jours.
Elle comprend alors "physiquement" que "les livres
[sont] vivants, parce qu’habités en soi".
Elle essaye de dialoguer avec ce mort, "Boris Vian Boris",
cherche des signes dans son œuvre, veut tout savoir, tout
comprendre. Et en creux se dessine l’histoire difficile
de la narratrice, déjà abordée dans Le
cri du sablier.
Si, même en ayant lu quelques Vian et quelques Delaume,
on ne saisit pas tout, peu importe. Des références
nous échappent sans doute, mais "les livres sont
vivants" et celui-ci l’est particulièrement
: il ne se laisse pas apprivoiser si facilement. Il nous renvoie
à notre propre expérience de lecteur, à
des émotions littéraires bien souvent informulées…
et informulables.