Le
premier roman de Fatou Diome éclaire avec talent notre
vision occidentale sur la misère Africaine et les mirages
que l'Europe suscite aux yeux des plus démunis de la
planète.
Salie, l'héroïne du roman, vit en France, à
Strasbourg, où elle poursuit ses études de lettres.
Elle a même publié un premier roman et montré
sa tête à la télé. Là-bas,
au Sénégal, son frère Madické la
supplie au téléphone de l'aider à rejoindre
lui aussi la France, la terre promise. Il "sait" que
sa vie est là, qu'il sera footballeur dans un grand club
et qu'il pourra peut-être rencontrer son idole, Paolo
Maldini, le joueur Italien du Milan AC !
Fatou Diome vit en France, à Strasbourg, où elle
poursuit ses études de lettres et où, après
un essai en 2001 (La préférence nationale), elle
vient de publier un premier roman, Le ventre de l'Atlantique,
qui lui permet de montrer sa tête à la télévision.
L'histoire ne dit pas si elle a également au Sénégal
un jeune frère qui désire venir faire fortune
en France, mais le reste du puissant roman de Fatou Diome est
à l'avenant : un savant mélange de fiction et
d'autobiographie sincère.
Dans un style fluide et débarrassé de tout pathos,
Fatou Diome témoigne avec efficacité de l'ambiguïté
du rapport Nord-Sud et du phénomène de l'immigration.
Elle rend son lecteur sensible et intelligent en lui faisant
mesurer le pouvoir d'attraction que l'Europe peut exercer sur
les populations africaines démunies, privées de
tout. Le mirage français est irrésistible pour
Madické et ses copains : le travail en abondance, le
football professionnel, les lumières de la ville…
"Il faut vraiment être un imbécile pour rentrer
pauvre de là-bas" dit l'un des personnages du livre.
Mais c'est aussi la vie africaine que l'on découvre dans
ces pages qui ne sont pas dénuées d'humour et
de dérision, qui, surtout, s'affranchissent de tout tabou
: les coutumes ancestrales, les obscurantismes, le poids de
la religion, le machisme ordinaire, la misère absolue
qui n'offre aucune autre issue que l'exil… Rien n'échappe
à l'analyse de Fatou Diome.
En racontant son enfance, sa vie d'adulte, la force de ses racines
et sa volonté farouche de s'en détacher, d'en
extirper tout ce qui est aliénation de l'individu au
clan, de la femme à l'homme, Fatou Diome s'apparente
même à une sorte de Pagnol Africain. Le Pagnol
du Château de ma mère et de La gloire de mon père,
la conscience économique et politique en plus. Un Pagnol
grave qui aurait troqué la tendresse truculente de son
enfance méridionale pour la dureté implacable
de notre époque.
On lit d'une traite ce roman émouvant et juste. On pleure
sur l'Afrique qui meurt et sur l'Europe qui la tue. On aime
cette femme qui n'est plus de nulle part, qui sera toujours
une étrangère en France, mais qui ne se sent déjà
plus Sénégalaise. Et surtout, on comprend…