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LE VENTRE DE L'ATLANTIQUE
Fatou DIOME

Anne Carrière - 296 pages
Le premier roman de Fatou Diome éclaire avec talent notre vision occidentale sur la misère Africaine et les mirages que l'Europe suscite aux yeux des plus démunis de la planète.


Salie, l'héroïne du roman, vit en France, à Strasbourg, où elle poursuit ses études de lettres. Elle a même publié un premier roman et montré sa tête à la télé. Là-bas, au Sénégal, son frère Madické la supplie au téléphone de l'aider à rejoindre lui aussi la France, la terre promise. Il "sait" que sa vie est là, qu'il sera footballeur dans un grand club et qu'il pourra peut-être rencontrer son idole, Paolo Maldini, le joueur Italien du Milan AC !

Fatou Diome vit en France, à Strasbourg, où elle poursuit ses études de lettres et où, après un essai en 2001 (La préférence nationale), elle vient de publier un premier roman, Le ventre de l'Atlantique, qui lui permet de montrer sa tête à la télévision. L'histoire ne dit pas si elle a également au Sénégal un jeune frère qui désire venir faire fortune en France, mais le reste du puissant roman de Fatou Diome est à l'avenant : un savant mélange de fiction et d'autobiographie sincère.

Dans un style fluide et débarrassé de tout pathos, Fatou Diome témoigne avec efficacité de l'ambiguïté du rapport Nord-Sud et du phénomène de l'immigration. Elle rend son lecteur sensible et intelligent en lui faisant mesurer le pouvoir d'attraction que l'Europe peut exercer sur les populations africaines démunies, privées de tout. Le mirage français est irrésistible pour Madické et ses copains : le travail en abondance, le football professionnel, les lumières de la ville… "Il faut vraiment être un imbécile pour rentrer pauvre de là-bas" dit l'un des personnages du livre.

Mais c'est aussi la vie africaine que l'on découvre dans ces pages qui ne sont pas dénuées d'humour et de dérision, qui, surtout, s'affranchissent de tout tabou : les coutumes ancestrales, les obscurantismes, le poids de la religion, le machisme ordinaire, la misère absolue qui n'offre aucune autre issue que l'exil… Rien n'échappe à l'analyse de Fatou Diome.

En racontant son enfance, sa vie d'adulte, la force de ses racines et sa volonté farouche de s'en détacher, d'en extirper tout ce qui est aliénation de l'individu au clan, de la femme à l'homme, Fatou Diome s'apparente même à une sorte de Pagnol Africain. Le Pagnol du Château de ma mère et de La gloire de mon père, la conscience économique et politique en plus. Un Pagnol grave qui aurait troqué la tendresse truculente de son enfance méridionale pour la dureté implacable de notre époque.

On lit d'une traite ce roman émouvant et juste. On pleure sur l'Afrique qui meurt et sur l'Europe qui la tue. On aime cette femme qui n'est plus de nulle part, qui sera toujours une étrangère en France, mais qui ne se sent déjà plus Sénégalaise. Et surtout, on comprend…


Joël Fompérie
© Jowebzine.com - Février 2004
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