ALAIN
DISASTER
Sans doute la pire biographie jamais consacrée aux Beatles.
Entre approximations et erreurs flagrantes, ce livre est une
sorte de cas d'école…
Parue à l’origine en 1972, Les Beatles d’Alain
Dister constitue encore aujourd’hui, une des pires biographies
jamais écrites en français sur les Fab Four, sa
méconnaissance du groupe de Liverpool, éclatant
presque à chaque page !
Qui plus est, cet ouvrage est extrêmement mal écrit,
ce qui le rend fastidieux à lire…
Certes, l’incompétence manifeste d’Alain
Dister sur son sujet gratifie le lecteur de moments d’hilarité
pour quiconque possède un minimum de "culture Beatles",
mais était-ce bien le but recherché… ?
Ainsi, bien qu’il soit annoncé en dos de couverture
que l’édition publiée chez 10/18 a été
révisée, le livre contient un nombre hallucinant
d’erreurs. Les lister toutes, reviendrait quasiment à
recopier l’ouvrage, les corriger aurait signifié
pour l’auteur de réécrire totalement son
livre.
Citons tout de même, au passage, la vision caricaturale
et erronée du couple Lennon-McCartney qui dégouline
du début à la fin :
- "Paul écrivait des chansons plutôt douces,
toujours pour plaire aux filles, des mélodies traditionnelles."
(p. 19)
- "Toutes les chansons qu’il contenait (album A hard
day’s night) étaient signées Lennon-McCartney,
mais il était assez facile de deviner qui avait écrit
quoi. Les compositions de John (…) étaient plus
agressives, (…) très rock, comme autant de cris
frustres. (…) Les chansons de Paul (If I fell…)
étaient plus sentimentales, mélodieuses, pleines
de charme." (p. 112)
- "Comme toujours lorsqu’il puisait son inspiration
dans le rock’n’roll de ses débuts, John Lennon
faisait des merveilles : Helter skelter rappelait les débuts
à Hambourg, les longues nuits passées à
hurler à la limite de l’hystérie."
(p. 150)
Vision caricaturale et erronée, car Lennon a écrit
bon nombre de ballades au sein des Beatles (Accross the univers,
Julia, …) et en solo (Imagine, Jealous guy, …) dont
notamment, If I fell attribuée ici par paresse et commodité
à McCartney et que, de son côté, Paul est
l’auteur et l’interprète de nombreux rocks
ravageurs, Helter skelter y compris !
Comment ne pas sourire également quand Alain Dister attribue
Lovely Rita (du pur McCartney chanté par McCartney) à
John : "John, lui, chantait son amour à tout le
monde, et cette Lovely Rita - gardienne de parking, pourtant
pas très chaleureuse pouvait tout aussi bien faire son
bonheur." (p. 134)
Non content d’égrener les inexactitudes, l’auteur
n’hésite pas non plus tout au long de l’ouvrage
à se livrer à des interprétations fantaisistes
pour ne pas dire "fumeuses". Ainsi cette explication
d’ordre budgétaire à des choix purement
artistiques : "Pendant qu’ils avaient un orchestre
sous la main, les Beatles, le mirent à contribution dans
les morceaux qu’ils travaillaient à l’époque
: Sgt Pepper’s… et Good morning good morning. On
évitait ainsi quelques frais supplémentaires,
d’autant qu’il se composait de plus de quarante
musiciens. » (p. 133). Scoop : les orchestrations et les
arrangements de Sgt Pepper’s seraient donc dus, pour Alain
Dister, à une volonté farouche de réaliser
des économies d’échelle !
On notera d’ailleurs que cet exemple illustre à
lui seul l’absence totale de crédibilité
de ce livre. En effet, si l’on suit la chronologie effectuée
par Mark
Lewisohn (l’historien référence en matière
Beatles), les arrangements de cuivres du morceau Sgt Pepper’s
lonely hearts club band ont été enregistrés
le 3 mars 1967 par quatre musiciens, le reste des bruits d’orchestre
provenant essentiellement d’une bande audio. Et ce n’est
que dix jours plus tard, soit le 13 mars que les arrangements
de cuivres de Good morning good morning ont été
enregistrés par six musiciens complètement différents
! Alain Dister s’est donc permis d’élaborer
une théorie ridicule à partir de faits qui n’ont
jamais existé !
Bref, vous l’aurez compris, cet ouvrage, écrit
sans doute plus par opportunisme que par passion, ne possède
pas la moindre once de fiabilité (ce qui est particulièrement
lamentable quand on sait que Alain Dister est l’un des
cofondateurs de Rock and Folk), et cette réédition,
où l’on n’a même pas pris la peine
de corriger les erreurs les plus grossières, a de quoi
laisser pantois tant elle est inutile !