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CA, C’EST UN BAISER
Philippe DJIAN

Gallimard - 384 pages
L’action se déroule dans une grande métropole d’un pays qui ressemble aux Etats-Unis mais dans lequel la monnaie en circulation est l’euro, quelques années après le 11 septembre 2001. Le cadavre d’une jeune joggeuse est retrouvé dans le parc. Il s’agit de Jennifer Brennen, la fille de Paul Brennen, multimilliardaire, dirigeant d’un véritable empire lié au sport. Pour Nathan, l’officier de police auquel l’affaire est confiée, il n’y a aucun doute possible, le meurtre a été commandité par le père, dérangé par les choix de vie de sa fille. En effet, Jennifer militait pour toutes les causes écologistes, pacifistes ou humanitaires possibles, ne ratant aucune occasion de s’opposer à son père, allant jusqu’à se prostituer pour payer son loyer et ternir en même temps la réputation familiale. Nathan se trouve ainsi l’excuse rêvée pour infiltrer le milieu étudiant « activiste de gauche » dont Jennifer était une figure de proue et auquel appartient son ex-femme dont il ne parvient pas à surmonter le départ.

Marie-Jo, coéquipière et accessoirement maîtresse de Nathan, se fie à son intuition féminine qui ne l’a jamais trompée, contrairement aux hommes qui ont croisé sa route : Nathan se fourvoie. Elle préfère suivre une autre piste, celle qui débute sur le campus où Jennifer était étudiante et où Franck, son propre mari est professeur.
Philippe Djian déroule pour ses lecteurs le fil d’une intrigue policière en faisant s’exprimer successivement les deux flics, dont les monologues s’interpellent, se mêlent et se répondent de chapitre en chapitre, tissant une toile complexe. L’enquête n’est qu’un des aspects de leur quotidien plutôt sombre, constitué de problèmes de couple, de jalousies, d’angoisses, de déceptions. Pour lutter contre la dépression, ils cultivent leur aventure, un de leur seul "rayon de soleil", si tant est que l’on puisse réellement nommer ainsi quelques "coups" tirés en vitesse dans des toilettes publiques ou des cages d’escalier.

L’auteur nous plonge dans un de ces univers glauques qu’il affectionne, une mégapole, royaume de la violence des rues, du style Métropolis, dans un monde qui court à sa perte en gaspillant ses ressources naturelles, sous une couche d’ozone dont le trou en s’élargissant engendre une canicule torride, peuplée de personnages désabusés sombrant dans la trilogie sexe, drogue, alcool pour fuir une existence sans relief.

Le style n’a rien d’extraordinaire, non, décidément le talent de Philippe Djian est ailleurs. Il réside en sa faculté de provoquer la nausée chez son lecteur avec une aisance exceptionnelle !

Sans être particulièrement coincé, vous n’en pourrez plus, arrivé au terme du livre, de sexe et de violence, bestiaux et omniprésents. Et pourtant, une curiosité malsaine vous aura poussé à achever votre lecture, issue peut-être d’une petite voix au fond de votre tête vous répétant que notre futur, c’est bien ça.

C’est drôle, j’avais beau être sensible aux divers discours écologiques et humanitaires, c’est depuis que j’ai lu ce livre que je suis motivée pour contribuer, dans la mesure de mes pauvres moyens personnels, à la protection de notre planète... en l’état. C’est peut-être pas terrible, mais c’est toujours mieux que ce que ça pourrait devenir...


Anne-Sophie Mehl
© Jowebzine.com - Mars 2003
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