Annoncé
comme un roman générationnel, Une vie française
se présente surtout comme l'exercice d'auto-apitoiement
nombriliste d'un enfant gâté par la vie.
Jean-Paul Dubois est né à Toulouse il y a 55 ans.
Il est journaliste au Nouvel Observateur. Il est aussi romancier.
Et à ce titre, il a des idées étonnantes.
Celle, par exemple de raconter la vie de Paul Blick, né
à Toulouse il y a 55 ans... Mais attention, là
ne s'arrête pas l'originalité de ce "roman"
: pour faire bonne mesure, Jean-Paul Dubois a imaginé
de découper son histoire en autant de chapitres que de
présidents de la Ve République, de De Gaulle à
Chirac 2. Outre que le procédé semble à
la fois un peu pompier et fort immodeste, Jean-Paul Dubois a
également opté pour un héros dont le moins
que l'on puisse dire est que sa vie est loin d'être représentative
de la "vie française" du dernier demi-siècle
que titre et couverture suggèrent.
Alors qui est Paul Blick ? Sachez que de ses origines présentées
comme modestes par l'auteur (maman est correctrice chez un éditeur
toulousain et papa concessionnaire automobile) et de son activisme
soixante-huitard bon enfant, il tient quelques convictions gauchistes
fermement ancrées. Ce qui ne l'empêche d'ailleurs
pas d'épouser Anna, riche héritière de
l'entreprise et de la fortune de paternelle. Ce bon Paul voit
dès lors sa vie se dérouler dans une semi-oisiveté
confortable, pimentée seulement par sa nouvelle passion
pour la photographie. Les relations de beau-papa lui permettent
même de publier un album consacré aux arbres…
et de connaître un succès si retentissant que sa
propre fortune est en passe de rattraper celle de sa (pas très)
tendre épouse. Ajoutez mondanités et petites digressions
extra-conjugales et vous avez une idée assez précise
du manque d'intérêt que peuvent susciter, dans
la dernière partie du roman, les tristes, mais hélas
bien banals, événements qui émaillent la
vie de cet homme qui était jusque-là passé
à travers les gouttes du malheur…
Dans un style certes agréable et débarrassé
de fioritures inutiles, Jean-Paul Dubois réalise un brillant
exercice de nombrilisme qui ne franchit pourtant jamais la barrière
du cœur. Il en résulte un roman qui se lit sans
déplaisir, comme on lirait, dans la presse, la biographie
d'une famille aisée soudain frappée d'un revers
de fortune. On se dit que c'est bien triste, mais qu'il y a
des "vies françaises" autrement difficiles
que celle-ci et que les atermoiements des enfants gâtés
sont décidément bien difficiles à supporter
par les temps qui courent.
Le plus drôle de l'histoire ? Avec ce roman essentiellement
masculin, Jean-Paul Dubois a obtenu le prix Femina 2004 ! Décidément,
l'amour est aveugle.