C'est
une plongée dans les profondeurs les plus obscures du
pouvoir que nous offre Marc Dugain avec ce "roman historique",
relecture édifiante de l'histoire des Etats-Unis du XXe
siècle.
48 ans. Presque un demi-siècle. C'est la durée
du "règne" de l'homme le plus puissant d'Amérique,
donc du monde. Les Présidents sont passés, les
guerres (Mondiale ou froide) on dévasté le monde,
mais lui est resté là, indéboulonnable
à la tête du FBI, de 1924 à sa mort en 1972.
Lui, c'est Edgar J. Hoover. Grand ordonnateur de la marche du
monde, c'est sa carrière controversée qui nous
est narrée par le menu dans ce quatrième "roman"
de Marc Dugain.
Entre travail historique et œuvre romanesque, l'auteur
donne la parole à Clyde Tolson, bras droit et amant fidèle
de Hoover tout au long de sa vie. S'ouvrent alors, devant les
yeux effarés du lecteur, les coulisses politiques de
la première puissance mondiale, les petites histoires
sordides et mesquines qui ont façonné la grande
Histoire, les folies et les compromissions, la vénalité
et l'intérêt personnel érigés en
vertu cardinale.
"Edgar aimait le pouvoir mais il en détestait les
aléas. Il aurait trouvé humiliant de devoir le
remettre en jeu à intervalles réguliers devant
des électeurs qui n'avaient pas le millième de
sa capacité à raisonner. Et il n'admettait pas
non plus que les hommes élus par ce troupeau sans éducation
ni classe puissent menacer sa position qui devait être
stable dans l'intérêt même du pays. Il était
devenu à sa façon consul à vie. Il avait
su créer le lien direct avec le Président qui
le rendait incontournable. Aucun ministre de la Justice ne pourrait
désormais se comporter à son endroit en supérieur
hiérarchique direct. Il devenait l'unique mesure de la
pertinence morale et politique."
Dialogues, comptes rendus d'écoutes, fiches de renseignement
: de la grande dépression des années 20 à
la démission de Nixon après le scandale du Watergate,
tout un pan de l'histoire contemporaine des Etats-Unis est passé
au crible par Marc Dugain. Mais surtout, en arrière-plan
omniprésent, c'est la saga Kennedy qui sert de fil conducteur
permanent à ce récit hallucinant. De la fortune
amassée sans beaucoup de scrupules par Joe Kennedy, le
père, grâce a ses amitiés politiques et
mafieuses, à l'assassinat de Bob en 1968, peu avant la
présidentielle pour laquelle il est archi-favori, en
passant par celui de John à dallas en 1963, rien n'est
laissé dans l'ombre des manœuvres du microcosme
affairiste dont les intérêts primaient sur toute
autre considération.
Sans esbroufe ni recherche du spectaculaire, mais en s'appuyant
sur une connaissance sans faille de son sujet et sur un style
irréprochable, Marc Dugain captive son lecteur en lui
proposant un éclairage jusque-là inconnu sur un
thème pourtant rebattu. On ressort de là un peu
hébété d'avoir pu observer les coulisses
du pouvoir par le trou de serrure que Clyde Tolson a mis obligeamment
à notre disposition. Et si l'on avait encore quelques
illusions sur les motivations profondes des puissants, elles
se seront définitivement dissipées quand la dernière
page de La malédiction d'Edgar aura été
tournée.