Un
roman prenant qui ne lâche plus sa proie - le lecteur - avant
son dénouement sauvage et inéluctable.
Leon Ulbricht n’est pas un grand écrivain. Il vivote
entre petits romans et commandes alimentaires. Juste de quoi vivre
sans se faire trop de souci, avec la jeune et belle Martina qu’il
vient d’épouser. Pourtant le nouveau projet auquel il
s’attelle, risque de lui rapporter un vrai petit pactole : la
biographie d’un proxénète notoire de la bonne
ville de Hambourg.
Forts de l’avance sonnante et trébuchante que le type
vient de leur faire, Leon et Martina décident de s’acheter
une maison de campagne et tombent amoureux d’une bicoque perdue
au milieu des tourbières, en ex-Allemagne de l’Est. L’endroit
idéal pour trouver l’inspiration, pense Leon. Mais c’est
sans compter avec une pluie quasi-permanente, l’invasion des
limaces et les marais gorgés d’eau qui transforment peu
à peu la villégiature rurale en naufrage inéluctable.
Mêlant habilement étude de mœurs et intrigue flirtant
avec règles du polar, Karen Duve excelle à faire lentement
monter la tension entre les quelques personnages qui peuplent ce huis
clos atypique : Kerbel, l’étrange épicier du village
; Kaye et Isadora Schlei, l’une androgyne, l’autre obèse
et nymphomane, sœurs solitaires et plus proches voisines du couple
Ulbricht ; Harry, le vieux copain de Leon… mais aussi de Pfitzner,
le proxénète psychopathe qui apprécie de moins
en moins la prose de Leon et se charge de venir le lui faire savoir
sans ménagement.
Bien sûr, tout cela finira mal, très mal même,
dans un paroxysme de violence déchaînée aussi
bref qu’insoutenable… avant de basculer dans une folie
léthargique dans laquelle Leon tentera d’oublier le déluge
- au propre comme au figuré - des événements
des derniers mois.
Belle construction romanesque que l’on ne lâche plus après
l’avoir commencée, Déluge est signé d’une
jeune auteure allemande de 45 ans qui a exercé mille petits
boulots avant de décider, au début des années
90, de se consacrer à la littérature. Judicieuse initiative
largement saluée par la presse de son pays… et par Jowebzine.com
!