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     LiVReS
 
RAVEL
Jean ECHENOZ

Éditions de Minuit - 124 pages
Comme une miniature délicate exécutée par un maître joaillier, le nouveau roman de Jean Echenoz brille de mille feux. Eblouissant.


Depuis toujours, Jean Echenoz tient une place à part dans la littérature française. Toujours soucieux de la belle ouvrage, du mot juste, de la métaphore originale et du texte épuré, on l’a vu évoluer, au fil des années et des ouvrages, vers une perfection formelle dont il n’a cessé de se rapprocher pour toucher au but aujourd’hui. Avec Ravel, il signe en effet un court roman retraçant, avec une remarquable économie de mots, les dix dernières années du compositeur français mort en 1937.

Raconter dix ans de la vie d’un homme aussi célèbre et adulé que Maurice Ravel en son temps, c’est entreprendre une œuvre gigantesque. Voyages interminables en Amérique et à travers l’Europe, mondanités incessantes, composition de quelques chefs d’œuvres parmi lesquels l’inattendu Boléro, mais aussi solitude dans sa maison exiguë de Monfort-l’Amaury, puis maladie dégénérative… la matière est dense et donnerait aisément l’occasion au premier biographe venu de produire de ces pavés qui impressionnent par leur érudition (comme on peut dire d’un catalogue de vente par correspondance qu’il est érudit puisqu’il sait tout des tailles, des prix, des coloris et de mille autre détails "essentiels") dont tout discernement est absent.

À l’inverse, Jean Echenoz choisit l’épure, la phrase parfaite, le peu de mots qui, par leur choix méticuleux et leur agencement sublime, disent infiniment plus que n’importe quelle énumération. Il nous fait ainsi pénétrer l’intime du grand compositeur, son quotidien, ses passions et ses lubies. Autant de petites choses qui, en creux, nous dévoilent le reste, tout le reste, tout ce qui fait l’épaisseur, l’âme d’un homme. Alors on lit chaque page comme on savoure un met délicat, on prend son temps, on relit (pour le plaisir) une phrase que l’on n’a pas envie de quitter, puis on passe à la suivante parce que la gourmandise est la plus forte. Et on reste marqué durablement par cette lecture et le souvenir du "grand petit homme" que l’on a accompagné jusqu’à la fin de sa vie. Merci Monsieur Echenoz.


Françoise Camus
© Jowebzine.com - Janvier 2006
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