Comme
une miniature délicate exécutée par un maître
joaillier, le nouveau roman de Jean Echenoz brille de mille feux.
Eblouissant.
Depuis toujours, Jean Echenoz tient une place à part dans la
littérature française. Toujours soucieux de la belle
ouvrage, du mot juste, de la métaphore originale et du texte
épuré, on l’a vu évoluer, au fil des années
et des ouvrages, vers une perfection formelle dont il n’a cessé
de se rapprocher pour toucher au but aujourd’hui. Avec Ravel,
il signe en effet un court roman retraçant, avec une remarquable
économie de mots, les dix dernières années du
compositeur français mort en 1937.
Raconter dix ans de la vie d’un homme aussi célèbre
et adulé que Maurice Ravel en son temps, c’est entreprendre
une œuvre gigantesque. Voyages interminables en Amérique
et à travers l’Europe, mondanités incessantes,
composition de quelques chefs d’œuvres parmi lesquels l’inattendu
Boléro, mais aussi solitude dans sa maison exiguë de Monfort-l’Amaury,
puis maladie dégénérative… la matière
est dense et donnerait aisément l’occasion au premier
biographe venu de produire de ces pavés qui impressionnent
par leur érudition (comme on peut dire d’un catalogue
de vente par correspondance qu’il est érudit puisqu’il
sait tout des tailles, des prix, des coloris et de mille autre détails
"essentiels") dont tout discernement est absent.
À l’inverse, Jean Echenoz choisit l’épure,
la phrase parfaite, le peu de mots qui, par leur choix méticuleux
et leur agencement sublime, disent infiniment plus que n’importe
quelle énumération. Il nous fait ainsi pénétrer
l’intime du grand compositeur, son quotidien, ses passions et
ses lubies. Autant de petites choses qui, en creux, nous dévoilent
le reste, tout le reste, tout ce qui fait l’épaisseur,
l’âme d’un homme. Alors on lit chaque page comme
on savoure un met délicat, on prend son temps, on relit (pour
le plaisir) une phrase que l’on n’a pas envie de quitter,
puis on passe à la suivante parce que la gourmandise est la
plus forte. Et on reste marqué durablement par cette lecture
et le souvenir du "grand petit homme" que l’on a accompagné
jusqu’à la fin de sa vie. Merci Monsieur Echenoz.