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L’ETOURDISSEMENT
Joël EGLOFF

Buchet Chastel - 142 pages
Un court roman aussi noir que désespéré qui brosse le tableau crédible du futur très proche de notre société occidentale post-industrielle et/ou post-atomique. Glaçant et irrésistible.


Joël Egloff est un virtuose. Et son Etourdissement un pur petit bijou d’humour noir radical. D’autant plus radical qu’il s’appuie sur une écriture simple, précise, sans effet de manche. Le factuel, juste le factuel, énoncé froidement comme une succession neutre d’observations naturelles, presque banales.

Il faut dire que le narrateur lui-même ne trouve rien d’extraordinaire à son existence. Comme tout le monde, il survit simplement, il supporte tout parce que "c’est comme ça, ça a toujours été comme ça". Il habite avec sa grand-mère dans une sorte de taudis, il travaille chaque jour à l’abattoir, ramène quelquefois une poignée d’abats qu’il subtilise tant bien que mal et que les chiens errants lui disputent sur le chemin du retour, il rêve de vacances au bord du bassin de décantation et de promenades dans la décharge publique. Quant au climat et à l’environnement…

"Quand le vent vient de l’ouest, ça sent plutôt l’œuf pourri. Quand c’est de l’est qu’il souffle, il y a comme une odeur de soufre qui nous prend à la gorge. Quand il vient du nord, ce sont des fumées noires qui nous arrivent dessus. Et quand c’est le vent du sud qui se lève, qu’on n’a pas souvent, heureusement, ça sent vraiment la merde, y a pas d’autre mot. Nous, au milieu de tout ça, ça fait bien longtemps qu’on n’y fait plus attention. C’est qu’une question d’habitude finalement. On se fait à tout."

Le décor est planté. 140 pages de cet acabit plus loin, on ressort de L’étourdissement totalement lessivé, déprimé et durablement marqué. C’est que tout, dans cette fable apocalyptique, est du domaine du possible. Nulle anticipation farfelue, ni délire narratif. Juste une légère accentuation des dysfonctionnements de notre société qui aboutissent à un monde que l’on qualifiera de post-atomique. Le tout est teinté d’un humour aussi désespéré que fataliste qui fait froid dans le dos.


Joël Fompérie
© Jowebzine.com - Septembre 2005
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