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L’IMMEUBLE YACOUBIAN
Alaa EL ASWANY

Traduit de l’arabe (Egypte)
par Gilles Gauthier

Actes Sud - 327 pages
Pour qui suit l’actualité du monde arabe, ces dernières années, l’Egypte nous renvoie l’image d’un pays loin de la démocratie où la censure, notamment religieuse, bâillonne toute velléité d’expression d’opinons divergentes tant sur le plan culturel que politique. C’est donc une surprise d’avoir entre les mains un roman qui aborde tous les tabous de cette société et qui a pu y être édité, qui a connu un grand succès (de nombreuses rééditions) et dont l’adaptation cinématographique est en cours.

L’auteur, reprenant le principe du Pot Bouille de Zola, nous fait partager la vie d’un immeuble cairote. Édifié en 1934 par un millionnaire arménien, cet immeuble était destiné à héberger l’aristocratie et la haute bourgeoisie de l’époque. Au-delà des appartements, une grande terrasse servait essentiellement de débarras. Après la révolution de 1952, la nomenklatura du nouveau régime s’y installe elle aussi et la terrasse devint l’équivalent de nos chambres de bonne. Au fil des ans et des changements politiques, cette partie de l’immeuble, devient, exode rural aidant, l’habitat d’Egyptiens rejoignant la capitale pour tenter d’y survivre.

Aujourd’hui y cohabitent donc quelques rejetons de "l’ancien régime", des professions libérales et, sur la terrasse, une société de pauvres. Des sociétés qui s’ignorent sauf cas exceptionnels que le roman va nous conter.
À travers le destin de quelques habitants, l’auteur brasse toute l’histoire récente de l’Egypte : le terroriste islamiste, la corruption d’une caste qui accapare pouvoir politique et économique, la répression sexuelle dans une société où l’hypocrisie fait loi.

Les principaux personnages, depuis l’adorable vieillard Zaki Bey, ultime représentant d’une Egypte d’avant la révolution nassérienne jusqu’à l’affairiste et corrompu Hadj Azzam en passant par les plus jeunes, permettent à l’auteur de dresser la fresque d’un pays au bord du gouffre. Le lecteur occidental, pour qui les motivations des kamikazes poseurs de bombes restent une énigme, apprendra beaucoup de la trajectoire de Taha, le fils du concierge de l’immeuble.

Tout dans ce roman n’est pas aussi tragique, quelques personnages expriment aussi toute l’humanité d’un peuple qui a longtemps dominé la vie culturelle du monde arabe : musique, cinéma, littérature… Magnifique.


Yasmine Nemmiche
© Jowebzine.com - Juin 2006
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