La
chose nest pas nouvelle, le monde libéral est loin
dêtre un paradis sur terre, ses entreprises sapparentent
rarement à des oasis de paix où règnent
la générosité et laltruisme. Depuis
plusieurs années déjà la littérature
se fait lécho de ce malaise et ce court récit
sinscrit dans ce courant.
Laction prend place dans le Nord de la France au sein
de la filiale dune multinationale allemande. Le narrateur
est psychologue dentreprise, employé depuis plusieurs
années au service des ressources humaines. Son action
dans lentreprise consiste à animer des séminaires
destinés aux cadres et à participer à la
sélection du personnel. Il y a de cela quatre ans, il
a contribué à la mise en uvre dun
plan de restructuration qui sest conclu par la fermeture
dune chaîne de production et à une forte
réduction du personnel (900 personnes).
Cest avec une certaine froideur, celle du vocabulaire
lié à sa fonction, quil nous présente
son entreprise, la fin justifiant les moyens, la croissance
de la productivité étant la seule chose à
avoir en tête.
La maison-mère allemande dépêche un certain
Karl Rose pour épauler le directeur de la filiale française,
Mr Jüst. Ce dernier a un comportement étrange depuis
plusieurs semaines, aux dires de ses collaborateurs. Cest
dans une ambiance de délation que le narrateur est un
jour convoqué par Karl Rose. Celui-ci lui demande denquêter
sur la santé mentale de Jüst, de "sympathiser"
avec lui pour découvrir ce qui cloche.
Voilà donc notre psychologue dentreprise dans la
peau dun mini-espion au service du grand Capital. Cependant
ce quil va découvrir, cest bien plus quune
pathologie mentale pouvant expliquer la paranoïa de Mr
Jüst. Il va pénétrer dans une intrigue des
plus noires dont les racines se situent au début des
années 40 dans lAllemagne nazie. Je vous laisse
le soin déclaircir le mystère de ce récit
bref et efficace.
À la lecture, un parallèle sinstalle entre
les techniques managériales du néo-libéralisme
et les moyens utilisés par ladministration nazie
dans la mise en place de sa solution finale. Voilà lidée
forte du récit. François Emmanuel nous présente
le monde de lentreprise comme le lieu dune lutte
où lessentiel est en question. Travailleurs, travailleuses,
restons vigilants !