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     LiVReS
 
LA MALEDICTION DE LA MEDUSE
Erik EMPTAZ

Grasset - 296 pages
Pour son premier roman, Eric Emptaz mets le doigt sur un magnifique sujet qu’il traite avec l’élégance et l’érudition que l’on attendait de lui.


Première surprise pour ce roman historique trônant en bonne place sur les tables des libraires : y trouver le nom du Rédacteur en chef du Canard Enchaîné, en charge de longue date des colonnes culturelles du journal satirique paraissant le mercredi.

Deuxième surprise en parcourant la quatrième de couverture de La malédiction de La Méduse : constater qu’à l’image de son hebdomadaire bientôt centenaire, Erik Empatz semblait avoir mis le doigt sur une belle "affaire" trop longtemps étouffée, les circonstances du naufrage, en 1816, d’un vaisseau de la marine française qui inspira le tableau de Théodore Géricault.

La troisième (bonne) surprise vint plus tard : après avoir achevé d’une traite les 300 pages de ce roman historique aussi classique qu’enlevé. D’une plume légère et juste ce qu’il faut érudite, Erik Emptaz nous avait embarqué sur la Méduse à la suite de Jean-Baptiste Savigny, 27 ans, enrôlé malgré lui suite à une cuite désespérée, comme chirurgien de troisième classe. Escortée de trois autres bâtiments, la frégate quittait Rochefort pour l'Afrique avec mission de reprendre aux Anglais le Sénégal, que le Traité de Paris avait restitué à la France après la chute de Napoléon, quelques mois plus tôt.

On connaît un peu la suite, Erik Emptaz nous l’apprend : commandée par le vicomte de Chaumareys, un vieil officier royaliste, incompétent et alcoolique, La Méduse échouera le 2 juillet 1816 au large de la Mauritanie, sur le banc d'Arguin… pourtant bien connu des marins ! Les deux cents hommes qui ne peuvent prendre place dans les embarcations de secours construisent un radeau que les chaloupes remorqueront quelques miles avant que, sur l'ordre du futur gouverneur du Sénégal, impatient de prendre ses fonctions, le "boulet inutile" ne soit abandonné en pleine mer, avec son chargement humain.

Entassés sur le radeau, de l'eau jusqu'aux genoux, les naufragés meurent les uns après les autres dans les rixes et les tempêtes. Après quelques dizaines de jours, ils ne seront plus qu'une vingtaine, à court de vivres, qui se décideront à manger l'un des cadavres, savamment découpé par Savigny, le chirurgien de troisième classe…

Dans la grande tradition des romans historiques, Erik Emptaz détaille les péripéties et rebondissements d’une aventure extraordinaire, mais n’oublie jamais d’explorer les recoins les plus sombres de l’âme humaine : folie, désespoir, violence et héroïsme des naufragés ; ambition, vanité, bassesse et incurie des chefs. Le style à la fois traditionnel et imaginatif excelle à restituer l’atmosphère d’une époque incertaine, la Restauration. De la belle ouvrage !


Joël Fompérie
© Jowebzine.com - Octobre 2005
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