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JESUS VIDEO
Andreas ESCHBACH

Traduit de l'allemand par Claire Duval

Éditions L’Atalante - 597 pages
L'extraordinaire découverte d'un archéologue américain met en branle un processus qui le dépasse. Entre religion et voyage dans le temps, Andreas Eschbach transporte littéralement son lecteur.


Au cours de fouilles archéologiques dans les environs de Tel-Aviv, un jeune Américain exhume le squelette d’un homme du Ier siècle de notre ère. Et, à côté de l’ossement, une petite pochette de lin renfermant le mode d’emploi d’une caméra numérique qui ne sortira à la vente que dans trois ans.

Évidemment qu’avec une quatrième de couverture comme ça, on fonce tête baissée dans cette grande manipulation plutôt bien orchestrée par Andreas Eschbach, auteur allemand dont j’ignore tout si ce n’est qu’il se donne un double au beau rôle dans cette histoire en multipistes. La période est propice à faire surgir les diables hors de la boîte de Pandore et c’est à ce jeu que se livrent tous les protagonistes du roman. On ne s’y perd pas une minute malgré l’enchevêtrement de narrations et à cela une raison : la complexité qui ronge le cœur même du sujet - la possibilité du voyage dans le temps. Les cartes sont très bien distribuées pour nous faire courir plusieurs lièvres en même temps avec, en haut de la pyramide, le producteur Kaun qui débarque des Etats-Unis avec l’argent nécessaire à arroser les fouilles, et qui s’entoure : des chercheurs, des archéologues, un écrivain de science fiction (le double d’Eschbach), tous ces gens lâchés sans bride, avec pour seule mission de retrouver la caméra, Mac Guffin et Graal, qui fera de Kaun l’homme fort de la planète.

On tourne autour du fait religieux, on agite des fantômes invraisemblables, on ne tombe jamais dans la mièvrerie cul bénite (chacun des personnages croit ou ne croit pas, mais se sert de ses connaissances théologiques pour faire avancer le schmilblick et jamais ne se pose la question bénitière de savoir comment un bon croyant doit agir).

Finalement, en dehors de la réussite de l’entreprise, on a peur d’une chose dans Jésus vidéo : d’être déçu. Car il arrive un moment dans le livre où le cumul des connaissances de chacun, l’approche inflexible du dénouement, la tension générale sont tels qu’on se demande ce qui pourra être mieux. D’autant que Eschbach nous rappelle en cours de lecture, qu’Einstein a très vite émis des doutes sur le voyage dans le temps en donnant ce simple avis : s’il était possible de voyager dans le temps, alors nous croiserions tous les jours de ces touristes improbables venus du futur visiter notre présent.

Quand on finit Jésus vidéo, on ne regrette qu’une chose : que ce genre de roman, qui atteint une certaine perfection, n’allie pas qualité narrative et qualité stylistique. Mais c’est un autre débat.


Sébastien D. Gendron
© Jowebzine.com - Mars 2004



PS : et tant que je vous tiens, je vous signale un déménagement, celui de la librairie Entre Deux Noirs, tenue de main de maître par le talentueux chroniqueur mondain de la jet-set polariste Christophe Dupuis, qui parfumait jusqu’à présent les alentours de Saint Macaire de ses odeurs de poudres sombres, et qui a élu domicile dix bornes plus loin, à Langon, au 25 cours des Carmes - 33 210 LANGON - Tel 05 56 76 67 97 - Fax 05 56 63 23 20, pour du plus grand, du plus fort, bref du mieux.
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