L'extraordinaire
découverte d'un archéologue américain met
en branle un processus qui le dépasse. Entre religion
et voyage dans le temps, Andreas Eschbach transporte littéralement
son lecteur.
Au cours de fouilles archéologiques dans les environs
de Tel-Aviv, un jeune Américain exhume le squelette d’un
homme du Ier siècle de notre ère. Et, à
côté de l’ossement, une petite pochette de
lin renfermant le mode d’emploi d’une caméra
numérique qui ne sortira à la vente que dans trois
ans.
Évidemment qu’avec une quatrième de couverture
comme ça, on fonce tête baissée dans cette
grande manipulation plutôt bien orchestrée par
Andreas Eschbach, auteur allemand dont j’ignore tout si
ce n’est qu’il se donne un double au beau rôle
dans cette histoire en multipistes. La période est propice
à faire surgir les diables hors de la boîte de
Pandore et c’est à ce jeu que se livrent tous les
protagonistes du roman. On ne s’y perd pas une minute
malgré l’enchevêtrement de narrations et
à cela une raison : la complexité qui ronge le
cœur même du sujet - la possibilité du voyage
dans le temps. Les cartes sont très bien distribuées
pour nous faire courir plusieurs lièvres en même
temps avec, en haut de la pyramide, le producteur Kaun qui débarque
des Etats-Unis avec l’argent nécessaire à
arroser les fouilles, et qui s’entoure : des chercheurs,
des archéologues, un écrivain de science fiction
(le double d’Eschbach), tous ces gens lâchés
sans bride, avec pour seule mission de retrouver la caméra,
Mac Guffin et Graal, qui fera de Kaun l’homme fort de
la planète.
On tourne autour du fait religieux, on agite des fantômes
invraisemblables, on ne tombe jamais dans la mièvrerie
cul bénite (chacun des personnages croit ou ne croit
pas, mais se sert de ses connaissances théologiques pour
faire avancer le schmilblick et jamais ne se pose la question
bénitière de savoir comment un bon croyant doit
agir).
Finalement, en dehors de la réussite de l’entreprise,
on a peur d’une chose dans Jésus vidéo :
d’être déçu. Car il arrive un moment
dans le livre où le cumul des connaissances de chacun,
l’approche inflexible du dénouement, la tension
générale sont tels qu’on se demande ce qui
pourra être mieux. D’autant que Eschbach nous rappelle
en cours de lecture, qu’Einstein a très vite émis
des doutes sur le voyage dans le temps en donnant ce simple
avis : s’il était possible de voyager dans le temps,
alors nous croiserions tous les jours de ces touristes improbables
venus du futur visiter notre présent.
Quand on finit Jésus vidéo, on ne regrette qu’une
chose : que ce genre de roman, qui atteint une certaine perfection,
n’allie pas qualité narrative et qualité
stylistique. Mais c’est un autre débat.
PS : et tant que je vous tiens, je vous signale
un déménagement, celui de la
librairie Entre Deux Noirs, tenue de main de maître
par le talentueux chroniqueur mondain de la jet-set polariste
Christophe Dupuis, qui parfumait jusqu’à présent
les alentours de Saint Macaire de ses odeurs de poudres sombres,
et qui a élu domicile dix bornes plus loin, à
Langon, au 25 cours des Carmes - 33 210 LANGON - Tel 05 56 76
67 97 - Fax 05 56 63 23 20, pour du plus grand, du plus fort,
bref du mieux.