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     LiVReS
 
L'EFFACEMENT
Percival EVERETT

Traduit de l'anglais (Etats-Unis)
par Anne-Laure Tissut

Actes Sud - 366 pages
Sous couvert d'imposture littéraire, Percival Everett brosse un portrait sans concession du monde de l'édition mais se perd en digressions inutiles au détriment de son propos central.


Thelonious Ellison, dit Monk, est un universitaire noir érudit dont les ouvrages, pour brillants qu'ils soient, n'en restent pas moins sans lecteurs. "Trop intellectuel" lui serine son agent. Il est vrai que l'adaptation contemporaine des Perses d'Eschyle ou l'étude critique de l'œuvre de Roland Barthes ne trouvent pas facilement le chemin des listes de best-sellers. Monk n'en souffrirait pas outre mesure, pas plus que de certaines critiques qui se demandent ce que ses livres ont à voir avec son vécu d'afro-américain, s'il ne voyait triompher régulièrement des romans "témoignages" comme ce Not'vie à nous au ghetto d'une Mae Jenkins sortie de nulle part. De dépit, il se lance dans une parodie de ce genre particulier… et connaît à son tour un succès d'autant plus inattendu que l'objectif était de dénoncer plutôt que de profiter…

Avouons-le, le thème central de L'effacement est plutôt excitant et son traitement recèle un potentiel ironique prometteur. Percival Everett, lui-même universitaire noir, s'y engage d'ailleurs résolument grâce à un personnage principal plus vrai que nature et une connaissance intime du milieu de l'édition (et du microcosme médiatique). Et tout irait pour le mieux dans le meilleur des livres si Everett ne jugeait bon de mêler à son histoire principale une dose généreuse de digressions familiales sans autre résultat que de diluer son propos jusqu'à faire douter le lecteur de ses priorités narratives.

Pourquoi, à côté de l'effacement de l'universitaire derrière l'autodidacte pour mieux profiter d'un système qui fait des talk-shows télévisés les principaux passeurs culturels, faut-il que Percival Everett ajoute l'effacement de la mémoire d'une mère qui sombre dans la maladie d'Alzheimer, l'effacement de la liaison du père avec une infirmière blanche, ou celui de l'homosexualité du frère ? Autant de dispersions malvenues dans un roman par ailleurs pertinent à chaque fois qu'il se recentre sur son sujet principal.

Ces défauts sont d'autant plus regrettables que l'écriture, le ton et le sens des dialogues de Percival Everett possèdent cette fluidité et cette élégance naturelle que l'on retrouve chez certains romanciers nord-américains de premier plan (Paul Auster, Nancy Huston, etc.)…


Joël Fompérie
© Jowebzine.com - Avril 2004
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