Traduit de langlais (Etats-Unis)
par Jean-Luc Piningre
Pocket - 495 pages
Premier
roman de Jim Fergus, Mille femmes blanches est le journal, tenu
quasi quotidiennement, de May Dodd, lune des jeunes femmes
qui se sont portées volontaires en 1875 pour épouser
des indiens, leur donner des enfants et ainsi les amener à
sintégrer au monde dit civilisé. Lidée
avait germé lannée précédente
dans lesprit du Président Grant : mille femmes
blanches contre mille chevaux !
Recrutées dans tout ce que le pays comptait dhôpitaux,
dasiles ou de pénitenciers, les quarante sept premières
(et dernières, le projet fou sera rapidement interrompu)
« épouses » sont donc livrées aux
Cheyennes comme convenu et découvrent un monde radicalement
étranger aux fondements même de leur culture.
Cest cette confrontation des civilisations que May Dodd
nous fait partager avec un certain talent tout au long de son
journal. Mais surtout, passé le premier choc, cest
tout lamour, toute lestime quelle se découvre
pour ce peuple, qui saccumule dans ses carnets de notes.
Entre roman initiatique et travail ethnologique, Jim Fergus
remplit ce livre à ras bord démotions, dodeurs,
de couleurs, de sentiments, mais surtout de personnages inoubliables.
Et lémerveillement de cette femme pour la tribu
qui ladopte est contagieux.
Pourtant jamais lauteur ne se laisse aller à la
facile complaisance envers le bon sauvage victime du méchant
civilisé. Rien nest occulté des murs
des indiens, de leurs guerres intestines ou de leur penchant
pour lalcool. Mais tout cela nest rien comparé
à leur respect mutuel à lintérieur
de la tribu et leur harmonie avec la nature qui les entoure.
A la fois enthousiaste plaidoyer pour le peuple indien, condamnation
sans équivoque de la politique du gouvernement américain
de lépoque et portrait dune femme exceptionnelle,
Mille femmes blanche est un roman inoubliable malgré
le style plus journalistique que littéraire de son auteur.