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DANS LA GUERRE
Alice FERNEY

Actes Sud - 482 pages

CHIENNE DE GUERRE
Le cinquième roman d'Alice Ferney nous plonge dans l'horreur de la guerre de 14 et nous fait rencontrer quelques personnages inoubliables : Jules, Félicité et Prince, un chien pas comme les autres.


On a déjà eu l’occasion ici (Grâce et dénuement) de dire tout le bien que l’on pensait du talent d’écriture d’Alice Ferney. En peu de livres - Dans la guerre est le cinquième - elle a su s’imposer par un style clair et élégant, faisant toujours la part belle à "l'humain", à la sensibilité, à l'intériorité, à la grandeur d'âme… Ce qui est beau chez Alice Ferney, c'est la noblesse de ses personnages. Ils ne sont pas parfaits, bien sûr, mais ils aspirent à être meilleurs, à cultiver le bien qui est en eux, plutôt que le mal.

Jules, le personnage central de Dans la guerre, est de cette lignée. Petit paysan Landais, il est précipité, dès les premiers jours, dans l'immense boucherie à ciel ouvert de la guerre de 14. Il laisse au pays une jeune épouse, Félicité, un fils de deux ans, Antoine, une mère qui ne s'entend guère avec sa bru, et un chien exceptionnel, Prince.

L'horreur de la guerre

Jour après jour, Jules va vivre cette guerre dans toute son horreur. L'horreur des massacres quotidiens, des camarades qui sont là et qui subitement n'y sont plus - tête arrachée, corps disloqué -, des tranchées boueuses et insalubres, du bruit constant des canonnades, des recrues tuées avant d'avoir tiré leur premier coup de fusil, de la peur de mourir qui ne vous quitte jamais. L'horreur d'avoir laissé sa femme, sa vie, à l'autre bout de la France aussi, avec des lettres quotidiennes qui ne remplaceront jamais les années volées, le petit Antoine qui grandit en oubliant ce père qu'il a si peu connu, la mère qui s'éteint sans avoir revu son fils…

Il y a pourtant quelques belles choses au milieu de ce chaos. Quelques fleurs qui percent la boue : l'amitié d'un sous-officier ouvert, la franche camaraderie de Brêle - un soldat comme lui, un peu ours, mais le cœur sur la main -, et surtout ce chien exceptionnel, ce Prince qui traversera tout le pays pour retrouver son maître dans les tranchées de la Somme et qui deviendra le premier chien-soldat.

De trop beaux personnages

Il y a mille événements, mille états d'âme, mille souffrances… et quelques lueurs de bonheur, dans ce roman d'Alice Ferney qui nous propulse, durant près de 500 pages, dans une époque terrible faite de peur, d'angoisse et de souffrance. Il y a surtout la belle plume d'un écrivain à qui l'on a pourtant presque envie de reprocher son humanisme débordant. Ses personnages sont beaux, on l'a dit, mais on en arriverait presque à le regretter. Il leur manque peut-être cette part de noirceur qui les rendrait plus humains, plus proches des "simples mortels" que nous sommes.

Minuscule reproche en regard de l'immense plaisir de lecture que procure Dans la guerre. Minuscule reproche en regard du souvenir indélébile que l'on conserve, longtemps après, de Jules, de Félicité et du chien Prince. Avec le roman d'Alice Ferney, ces trois-là sont devenus nos amis, notre famille, pour longtemps.


Joël Fompérie
© Jowebzine.com - Décembre 2003

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