CHIENNE
DE GUERRE
Le cinquième roman d'Alice Ferney nous plonge dans l'horreur
de la guerre de 14 et nous fait rencontrer quelques personnages
inoubliables : Jules, Félicité et Prince, un chien
pas comme les autres.
On
a déjà eu l’occasion ici (Grâce et
dénuement) de dire tout le bien que l’on pensait
du talent d’écriture d’Alice Ferney. En peu
de livres - Dans la guerre est le cinquième - elle a
su s’imposer par un style clair et élégant,
faisant toujours la part belle à "l'humain",
à la sensibilité, à l'intériorité,
à la grandeur d'âme… Ce qui est beau chez
Alice Ferney, c'est la noblesse de ses personnages. Ils ne sont
pas parfaits, bien sûr, mais ils aspirent à être
meilleurs, à cultiver le bien qui est en eux, plutôt
que le mal.
Jules, le personnage central de Dans la guerre, est de cette
lignée. Petit paysan Landais, il est précipité,
dès les premiers jours, dans l'immense boucherie à
ciel ouvert de la guerre de 14. Il laisse au pays une jeune
épouse, Félicité, un fils de deux ans,
Antoine, une mère qui ne s'entend guère avec
sa bru, et un chien exceptionnel, Prince.
L'horreur de la guerre
Jour après jour, Jules va vivre cette guerre dans
toute son horreur. L'horreur des massacres quotidiens, des
camarades qui sont là et qui subitement n'y sont plus
- tête arrachée, corps disloqué -, des
tranchées boueuses et insalubres, du bruit constant
des canonnades, des recrues tuées avant d'avoir tiré
leur premier coup de fusil, de la peur de mourir qui ne vous
quitte jamais. L'horreur d'avoir laissé sa femme, sa
vie, à l'autre bout de la France aussi, avec des lettres
quotidiennes qui ne remplaceront jamais les années
volées, le petit Antoine qui grandit en oubliant ce
père qu'il a si peu connu, la mère qui s'éteint
sans avoir revu son fils…
Il y a pourtant quelques belles choses au milieu de ce chaos.
Quelques fleurs qui percent la boue : l'amitié d'un
sous-officier ouvert, la franche camaraderie de Brêle
- un soldat comme lui, un peu ours, mais le cœur sur
la main -, et surtout ce chien exceptionnel, ce Prince qui
traversera tout le pays pour retrouver son maître dans
les tranchées de la Somme et qui deviendra le premier
chien-soldat.
De trop beaux personnages
Il y a mille événements, mille états
d'âme, mille souffrances… et quelques lueurs de
bonheur, dans ce roman d'Alice Ferney qui nous propulse, durant
près de 500 pages, dans une époque terrible
faite de peur, d'angoisse et de souffrance. Il y a surtout
la belle plume d'un écrivain à qui l'on a pourtant
presque envie de reprocher son humanisme débordant.
Ses personnages sont beaux, on l'a dit, mais on en arriverait
presque à le regretter. Il leur manque peut-être
cette part de noirceur qui les rendrait plus humains, plus
proches des "simples mortels" que nous sommes.
Minuscule reproche en regard de l'immense plaisir de lecture
que procure Dans la guerre. Minuscule reproche en regard du
souvenir indélébile que l'on conserve, longtemps
après, de Jules, de Félicité et du chien
Prince. Avec le roman d'Alice Ferney, ces trois-là
sont devenus nos amis, notre famille, pour longtemps.
Joël Fompérie
© Jowebzine.com - Décembre 2003
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