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     LiVReS
 
GRACE ET DENUEMENT
 Alice FERNEY
 
J'ai Lu - 188 pages
Les gitans ne sont pas gens bavards. Rejetés de tous, repliés sur eux-mêmes en petites communautés autonomes, ils vivent depuis toujours en marge de la société, en marge des villes, souvent en marge de la loi. Aussi l’intrusion d’Esther dans le clan de la vieille Angéline ne se fait-il pas sans méfiance. Esther est bibliothécaire et vient, chaque mercredi, faire la lecture aux enfants des cinq fils d’Angéline. Si les petits sont tout de suite conquis par cette "gadjé" pas comme les autres qui leur raconte les histoires merveilleuses qu’elle lit dans "de vrais livres", les adultes ne montrent pas le même enthousiasme pour cette étrangère qui entre dans leur vie.

Avec Grâce et dénuement, Alice Ferney, Docteur en sciences économiques et professeur d'université à Orléans, a publié en 1998 son troisième roman après Le ventre de la fée et l’Elégance des veuves, et a obtenu le prix Culture et bibliothèques pour tous. Prix emblématique s’il en est tant la lecture, la scolarisation et en définitive la culture, pour tous justement, sont au centre de ce très beau roman au style classique et élégant. Mais pas seulement ça. Au travers de la persévérance d’Esther à aller à la rencontre de l’autre, au devant des mutismes, au-delà des différences, Alice Ferney nous amène à découvrir la véritable vie des gens du voyage. Elle nous fait entrer dans l’intimité de leur misère absolue, de leur vie hors du temps, de leur rejet par tous et, par réaction, de leur rejet des autres.

Elle est terrible l’existence de Lulu et de ses frères : analphabètes, sans travail et ne vivant que de petits boulots et de petits trafics. Elle est encore plus terrible la vie de Misia, sa femme, et des épouses des autres frères : pas d’argent, aucun confort, aucune perspective que celle de suivre leur mari dans cette litanie de déplacements qui les fait aller de ville en ville au gré des expulsions. Elle est désespérée celle des enfants, nombreux et aimés mais livrés à eux-mêmes et dont l’avenir est joué d’avance, fait de déracinement permanent et d’exclusion irrémédiable de la société.

Le formidable livre d’Alice Ferney, son style délicat, nous emmènent par touches successives au fil de courts chapitres, à appréhender totalement ce monde inconnu. Non pas avec la froideur objective d’une étude ethnologique, mais avec l’amour, la chaleur sensible et poétique d’un écrivain de talent.


Joël Fompérie
© Jowebzine.com - Juin 2002
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