Traduit de l’espagnol (Argentine)
par François Gaudry
Éditions Phébus - 304 pages
Meurtres
de Généraux dans un pays d’Amérique
du Sud imaginaire. Ce roman pose de nombreuses questions à
ses lecteurs. À vous de répondre.
Il y a des romans qui gardent encore leurs secrets, une fois
lus et refermés. Après tout, les romans ne sont
pas d’excellentes mères de famille qui vous tendent
les bras et vous cajolent. Certains romans seraient plutôt
comparables à des adolescents ombrageux, qui vous fuient
plutôt que de vous serrer la main.
Et cela ne préjuge en rien de leur qualité. Prenez
par exemple La griffe du passé de Marcelo Figueras, un
auteur argentin né en 1962, romancier et scénariste.
Vous lisez son roman, tendu et fasciné. Et à la
fin, vous avez l’impression de n’avoir pas tout
compris. Et vous vous dites que tout compte fait, ça
n’est pas bien grave.
Ne pas tout comprendre, signifie qu’un livre a plusieurs
interprétations, de même qu’une maison peut
avoir plusieurs portes. Mais arrêtons là avec les
métaphores domestiques.
Imaginez un pays qui ressemblerait comme deux gouttes d’eau
à l’Argentine. Ce pays s’appellerait Trinidad
et aurait été pendant des années sous le
joug d’une dictature militaire aux mains d’un groupe
appelé les Prétoriens. Lesdits Prétoriens
auraient pratiqué un régime de terreur avec tortures,
morts sans sépultures et disparitions en tout genre.
Une fois chassés du pouvoir, et du temps ayant passé,
les Prétoriens auraient échappé à
la justice et vivraient en toute impunité.
Or, un jour, quelqu’un se met à tuer de façon
atroce les "Généraux" Prétoriens
encore en vie. Le gouvernement décide alors de faire
appel à Van Upp, un détective surdoué,
mais qu’une sombre affaire et une dépression ont
tenu écarté de toute enquête durant le règne
des Prétoriens.
Ce roman est une addition de mystères : qui a tué
et qui tue ces vieux Généraux ? Qui est Van Upp
et qu’a-t-il à cacher ? Quelle machination est-elle
à l’œuvre ? Peut-on encore croire en Dieu
?
Malgré la grande violence qui sous-tend le livre, l’écriture
de Figueras n’est jamais complaisante. De même que
les nombreuses allusions à Shakespeare ne sont jamais
gratuites.
Voilà donc un récit plein de bruit et de fureur,
mais surtout pas raconté par un idiot. Un récit,
et cela a son importance, qui vous fera ressentir de l’intérieur,
ce que signifie vivre sous un régime dictatorial.