On
crève à Barru, un petit village du Poitou, entre Creuse
et Vienne. De chaleur et de coups de fusil, l’une frappant au
hasard d’une canicule estivale insoutenable, embrassant parfois
une ferme. Les autres, de manière plus parcimonieuse, voire
choisie. Mais qu’est-ce qui rassemble sous la lorgnette de ce
tireur d’élite faisant mouche à chaque fois, Tom,
Louis, Malcolm et certains autres habitants de ce bled tranquille
?
Paru en novembre 2005, ce drame paysan à la sueur a l’arrière
goût d’un western graisseux avec ses personnages aux sombres
pensées et son odeur tenace de poudre et de poussière.
Neuvième roman de Pierre Filoche, On ne demande pas la neige
mélange habilement sur moins de deux cent pages des personnages
et des histoires qui basculent soudain dans un monde sauvage. Une
campagne tranquille où l’on noie les vaches folles, la
nuit, dans un étang pour ne pas alerter les brigades sanitaires.
Sorte de lavabo entonnoir où l’on vient siphonner en
cachette les drames et où échoueront d’autres
cadavres, d’autres histoires. Tableau d’une France profonde
à seulement deux heures de Paris où les croyances ancestrales
servent encore à se voiler la face, on croise chez Filoche
des putes et des proxos, des camés et des tendus comme autant
de pistes probables pour savoir qui tue. Car On ne demande pas la
neige est aussi un roman à intrigue, sorte de Cinq dernières
minutes crassouillard et sans flic futé. Un texte où
l’on évoque aussi en toile de fond la Confédération
de Bové et l’envahissement des OGM.
Le catalogue des Contre-Bandiers s’élargit paisiblement,
au rythme de ces parutions presque toujours constantes dans la qualité.
Il semblerait que la troisième maison d’édition
d’Antoine de Kerversau, après Atelier Alpha Bleu et Baleine
(déjà avec Jean Bernard Pouy et Bénédicte
Heim comme coreligionnaires) tienne le cap en cette troisième
année. Avec des auteurs comme Stéphanie Benson, Jean-Paul
Jody et Yves Bulteau pour ne citer que ces trois-là, les Contre-Bandiers
s’assurent un sérieux actif. L’arrivée de
Pierre Filoche dans la famille avec On ne demande pas la neige ne
fait que confirmer la justesse des choix éditoriaux. Bon vent.