Ce
roman de Timothy Findley, telle une bonne émission de
TF1, invite une tripotée de VIP : Léonard de Vinci,
Ste Thérèse dAvila, Oscar Wilde et
bien-sûr Carl-Gustav Jung, disciple du docteur Freud,
chargé du cas de lénigmatique Pilgrim. Celui-ci,
atteint de mutisme, arrive dans la clinique du célèbre
psychanalyste suisse après une énième tentative
ratée de suicide. Banal, me direz-vous ? Oui, sauf que
Pilgrim, cette fois, est resté mort plusieurs heures
et prétend, par lintermédiaire de son carnet
intime, ne pas pouvoir mourir. Il aurait été 100
personnages différents, alternativement homme ou femme,
partageant lintimité des plus grands de ce monde.
Et il en a assez, Pilgrim (traduisez : Pèlerin), de changer
de peau à longueur de temps, dêtre violé
par des barbouilleurs homosexuels, de construire des cathédrales,
de côtoyer des saintes sans jamais bénéficier
de leurs miracles Et on le comprend un peu Cest
vrai, quoi, à quoi bon être immortel, sil
faut tout recommencer à chaque fois ? Surtout quon
ne sait jamais ce que lavenir nous réserve...
Carl-Gustav, lui, ne sen laisse pas compter, et entre
deux aventures amoureuses avec ses patientes ou assistantes,
décide de guérir Pilgrim de sa schizophrénie.
Car Pilgrim ne peut être quun malade de plus à
guérir, et Carl-Gustav sest juré de vaincre
la maladie. Il nous emmène donc dans son sillage à
la découverte dun esprit dérangé.
Cest là que tout se complique, car les malades
ne sont pas toujours ceux quon pense : entre un aide-soignant
qui croit aux anges, une infirmière amoureuse dune
ballerine russe vivant sur la lune, et un psychiatre déséquilibré,
Pilgrim nous donnerait même limpression dêtre
le plus sain de tous.
Vous lavez compris, ce roman fleuve est à lire
comme une saga, qui navigue au fil des siècles et nous
fait vivre une multitude de vies passionnantes. Il nous emmène
aux frontières du réel, et pose des problèmes
métaphysiques et psychanalytiques essentiels : quest
ce que la réalité, ce que notre esprit perçoit
ou ce que le commun des mortels admet ? Ou encore, lhomme
est-il lhéritier dune mémoire collective
de lespèce humaine ? Bref, plein de questions que
vous regretterez de ne pas vous être posé plus
tôt. Dommage que le spécialiste chargé dy
répondre se révèle si décevant.
Un peu comme la fin du roman qui se termine en queue de poisson.
Comme si lauteur, tout comme Jung, effrayé par
lampleur de la tâche, avait démissionné
au dernier moment et laissé le lecteur faire sa propre
interprétation des rêves.