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ENCORE UNE NUIT DE MERDE
DANS CETTE VILLE POURRIE

Nick FLYNN

Traduit de l’anglais (Etats-Unis)
par Anne-Laure Tissut

Gallimard - 329 pages
Ce récit à la structure complexe raconte quarante années de la vie de Nick Flynn et de son père, en juxtaposant et en mélangeant des extraits de la vie de l'un et de l'autre... Le lecteur n'est pourtant jamais perdu, toujours en haleine et ému par cette histoire qui finalement repose sur un thème très classique : qui est mon père ? Qu'ai-je hérité de lui ? Qu'est-ce que je lui dois ?


Avec Encore une nuit de merde dans cette ville pourrie, Nick Flynn nous parle de sa jeunesse, de la difficulté de se construire entre une mère un peu paumée qui finit pas se suicider et un père absent, alcoolique et mythomane qui ne se manifeste que par l'envoi de lettres délirantes où il explique qu'il est en train d'écrire le plus grand roman américain de tous les temps.

Ce père inconnu aura pourtant marqué la jeunesse de Nick Flynn : "Nombreux sont les pères absents, ils partent, on les quitte [...] Quelque chose en moi savait qu'il réapparaîtrait, que si je restais assez longtemps au même endroit il me trouverait : c'est ce que l'on recommande aux enfants s'ils se perdent. Mais on ne dit pas quoi faire si les deux sont perdus, et se retrouvent au même endroit, à attendre."

Inconsciemment, père et fils ont suivi des routes parallèles, s'égarant dans l'alcool, la petite délinquance, cherchant dans l'écriture une bouée de sauvetage.

La rencontre entre Nick et son père aura lieu dans un asile pour SDF où Nick travaille et où son père échoue après avoir été expulsé de chez lui. Les retrouvailles entre les deux hommes sont intenses, dévoilant un rapport ambigu entre ce père et ce fils qui ont évolué loin l’un de l’autre. Nick observe son père avec un mélange de tendresse, d'agacement et de culpabilité : "Lentement, je passe devant une couverture à forme humaine, un homme en forme de couverture, de carton, de banc. Facile de le manquer. Si c’est mon père, et que je dépose un sandwich à côté de son corps endormi, est-ce que ça fait un repas de famille ?"

C'est Nick Flynn qui finit par écrire ce chef d'œuvre que son père a toujours annoncé, sans jamais le réaliser. On en ressort bouleversé... et heureux !


Véronique Cazaubiel
© Jowebzine.com - Octobre 2006
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