Un
court et poignant roman qui parle au cœur des hommes en
offrant au "héros" un deuxième départ
dans la vie. Le prix à payer est élevé,
mais le bonheur est peut-être au bout.
"Le piano n'était pas le violon d'Ingres de Simon
Nardis. C'était bien plus qu'un violon d'Ingres. Le piano
était pour lui ce que la peinture était pour Ingres.
Il cessa de jouer comme Ingres aurait pu cesser de peindre.
C'eût été dommage dans le cas d'Ingres.
Ce fut dommage dans le cas de Simon Nardis."
Pour sauver sa santé, pour sauver son couple, Simon Nardis,
a fait le choix déchirant d'abandonner le jazz et il
a repris son ancien métier. Simon Nardis a aujourd'hui
la cinquantaine et, comme ces anciens alcooliques qui ne doivent
plus accepter la moindre goutte d'alcool, Simon Nardis évite
soigneusement tout contact avec son instrument.
Et pourtant, ce soir-là, loin de chez lui, par un fatal
concours de circonstances, Simon Nardis va franchir la ligne
invisible qui le séparait de sa vraie vie : il va reposer
ses doigts sur un clavier…
Avec une sobriété, une patience et une méthode
admirables, Christian Gailly déroule la pelote de cette
courte histoire, aussi banale que poignante. En s'asseyant à
nouveau sur le tabouret interdit, Simon Nardis ouvre la boîte
de Pandore, déclenche une série d'événements
minuscules qui en moins de 24 heures auront les plus terribles
conséquences.
Un soir au club fait partie de ces livres que l'on dévore
d'une traite. Parce qu'il est court. Parce qu'il renvoie à
ce que chacun possède secrètement enfoui au plus
profond de lui-même : la frustration d'un rêve abandonné
en chemin. Parce qu'il s'apparente aux contes de notre enfance
dans lesquels la transgression était irrémédiablement
sanctionnée. Parce que l'écriture de Christian
Gailly nous fascine, faite de phrases brèves, limpides,
inexorables dans leur description implacable des conséquences
de chaque décision, de chaque acte.
Un soir au club se lit dans un fauteuil du même nom, un
après-midi d'hiver, quand le ciel est gris et bas, quand
le vent est glacial, quand, entre deux chapitres, on peut laisser
sa pensée retrouver le chemin du passé pour y
exhumer le moment où l'on a fait, comme Simon Nardis,
le choix de sacrifier ses rêves…