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     LiVReS
 
UN SOIR AU CLUB
Christian GAILLY

Editions de Minuit - 174 pages
Un court et poignant roman qui parle au cœur des hommes en offrant au "héros" un deuxième départ dans la vie. Le prix à payer est élevé, mais le bonheur est peut-être au bout.


"Le piano n'était pas le violon d'Ingres de Simon Nardis. C'était bien plus qu'un violon d'Ingres. Le piano était pour lui ce que la peinture était pour Ingres. Il cessa de jouer comme Ingres aurait pu cesser de peindre. C'eût été dommage dans le cas d'Ingres. Ce fut dommage dans le cas de Simon Nardis."

Pour sauver sa santé, pour sauver son couple, Simon Nardis, a fait le choix déchirant d'abandonner le jazz et il a repris son ancien métier. Simon Nardis a aujourd'hui la cinquantaine et, comme ces anciens alcooliques qui ne doivent plus accepter la moindre goutte d'alcool, Simon Nardis évite soigneusement tout contact avec son instrument.

Et pourtant, ce soir-là, loin de chez lui, par un fatal concours de circonstances, Simon Nardis va franchir la ligne invisible qui le séparait de sa vraie vie : il va reposer ses doigts sur un clavier…

Avec une sobriété, une patience et une méthode admirables, Christian Gailly déroule la pelote de cette courte histoire, aussi banale que poignante. En s'asseyant à nouveau sur le tabouret interdit, Simon Nardis ouvre la boîte de Pandore, déclenche une série d'événements minuscules qui en moins de 24 heures auront les plus terribles conséquences.

Un soir au club fait partie de ces livres que l'on dévore d'une traite. Parce qu'il est court. Parce qu'il renvoie à ce que chacun possède secrètement enfoui au plus profond de lui-même : la frustration d'un rêve abandonné en chemin. Parce qu'il s'apparente aux contes de notre enfance dans lesquels la transgression était irrémédiablement sanctionnée. Parce que l'écriture de Christian Gailly nous fascine, faite de phrases brèves, limpides, inexorables dans leur description implacable des conséquences de chaque décision, de chaque acte.

Un soir au club se lit dans un fauteuil du même nom, un après-midi d'hiver, quand le ciel est gris et bas, quand le vent est glacial, quand, entre deux chapitres, on peut laisser sa pensée retrouver le chemin du passé pour y exhumer le moment où l'on a fait, comme Simon Nardis, le choix de sacrifier ses rêves…


Joël Fompérie
© Jowebzine.com - Décembre 2003
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