BON
VENT, GAINSBARRE
Avec ce court roman, Serge Gainsbourg a écrit un récit
allégorique, exercice de style drôle et poignant
à la fois. À lire plusieurs fois.
La première fois, on lit ces cent pages - écrites
gros - d’une traite, en riant. Fous rires incontrôlables
même, tant le thème est cocasse, tant les descriptions
sont burlesques dans leur délirante précision,
tant les interminables énumérations sont «
époustoussoufflantes », tant le style est exagérément
caustique et provocateur. En dépit de cette tragédie
nauséabonde que l’auteur déroule froidement
et méthodiquement devant nos yeux embués, dans
un premier temps, donc, l’hilarité dépasse
l’affliction.
Et vite, fasciné, on veut relire. On tombe sur le sous-titre,
« conte parabolique ». Comment ? Cette sorte de
farce noire ? Une allégorie ? Et on relit donc, lentement,
par extraits, par bribes. Et c’est le destin de l’artiste
qui surgit entre les lignes. Et on pleure.
Le reflet du miroir de Gainsbarre
Hasard, isolement, solitude, angoisse, doute, différence,
rejet, hypocrisie, grotesque, autodestruction. Inexorablement,
le génie du créateur se repaît de cette
incontournable et progressive souffrance globale et généralisée.
Jusqu’à l’issue fatale, en forme de soulagement.
Evguénie Sokolov, reflet du miroir dans lequel l’auteur
réfléchit, s’observe, observe et fait le
point avant de retranscrire son froid bilan dans l’histoire
de ce peintre disgracié qui lui ressemble tant. Histoire
d’autant plus poignante et lucide qu’elle fut écrite
concomitamment à l’apparition du personnage de
Gainsbarre qui devait polluer l’œuvre de Gainsbourg
jusqu’à la fin de ses jours. « Gainsbourg
se barre quand Gainsbarre se bourre » disait-il lui-même.
Prout !