Dans
ce premier tome de ses mémoires, l’écrivain de
Cent ans de solitude raconte son enfance et sa jeunesse.
Gabriel Garcia Marquez est l’aîné d’une famille
de 11 enfants. Ses parents, pourtant, ont failli ne jamais se marier.
La réputation de coureur de jupons et la pauvreté de
son père télégraphiste n’étaient
pas du goût de la famille de Luisa. Les aventures de ses parents
fournissent l’un des premiers récits rocambolesques du
livre.
Le petit Gabriel, "Gabito", vit surtout avec ses grands-parents.
Son père, devenu pharmacien, essaie, avec plus ou moins de
succès, de monter des affaires toutes plus irréalistes
les unes que les autres dans plusieurs villes. Régulièrement,
il laisse femme et enfants et disparaît quelque temps sans donner
de nouvelles. Garcia Marquez voue une véritable adoration à
sa mère, assez forte pour supporter cette situation et élever
ses enfants avec un mari souvent absent.
Issu d’une famille pauvre, Garcia Marquez réussit cependant
à faire des études. C’est un élève
plutôt doué, mais qui préfère passer son
temps à chanter, apprendre des poésies, dessiner, s’amuser,
lire, puis écrire. Cela le rend sympathique et attachant…
même auprès des examinateurs qui, sous le charme, oublient
vite ses connaissances approximatives et son orthographe désastreuse.
Assez jeune, il fréquente les milieux littéraires colombiens
: on le retrouve dans les cafés où les poètes
et écrivains se réunissent. Tous les passages sur cette
vie littéraire colombienne sont assez intéressants.
On voit, entre autres, comment Garcia Marquez se construit peu à
peu une légitimité dans ce milieu. Les premières
nouvelles qu’il réussit à publier dans des journaux
sont, selon lui "de la merde". Une "merde" qui
lui permet d’acquérir un succès certain, même
si cela ne le nourrit pas tous les jours. Délaissant la fac
de droit, l’écrivain en herbe se lance dans le journalisme.
Il fait sienne la maxime de Rilke selon laquelle il faut écrire
pour vivre, sinon ça ne sert à rien. Et, de ce jour,
tout l’argent qu’il gagnera viendra de l’écriture.
Ce livre fourmille d’anecdotes, de portraits hauts en couleurs,
d’exubérance, de surprises. Gabriel Garcia Marquez est
touchant aussi, par exemple quand il parle de ses débuts d’écrivain.
Histoires de famille, d’amitiés, de vocation s’entremêlent
dans un style spécifique qui semble toujours osciller entre
réel et surnaturel…
"On ne lit pas de la même manière une autobiographie
et un roman. Dans l'autobiographie, la relation avec l'auteur est
embrayée (il vous demande de le croire, il voudrait obtenir
votre estime, peut-être votre admiration ou même votre
amour, votre réaction à sa personne est sollicitée,
comme par une personne réelle dans la vie courante), tandis
que dans le roman elle est débrayée (vous réagissez
librement au texte, à l'histoire, vous n'êtes plus une
personne que l'auteur sollicite) dit Philippe Lejeune (www.autopacte.org).
Etrangement, on lit pourtant cette autobiographie comme un roman passionnant…
Mais l’auteur le dit bien en exergue : "La vie n’est
pas ce que l’on a vécu, mais ce dont on se souvient et
comment on s’en souvient.