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VIVRE POUR LA RACONTER
Gabriel GARCIA MARQUEZ

Traduit de l'espagnol (Colombie)
par Annie Morvan

Grasset - 602 pages
Dans ce premier tome de ses mémoires, l’écrivain de Cent ans de solitude raconte son enfance et sa jeunesse.


Gabriel Garcia Marquez est l’aîné d’une famille de 11 enfants. Ses parents, pourtant, ont failli ne jamais se marier. La réputation de coureur de jupons et la pauvreté de son père télégraphiste n’étaient pas du goût de la famille de Luisa. Les aventures de ses parents fournissent l’un des premiers récits rocambolesques du livre.

Le petit Gabriel, "Gabito", vit surtout avec ses grands-parents. Son père, devenu pharmacien, essaie, avec plus ou moins de succès, de monter des affaires toutes plus irréalistes les unes que les autres dans plusieurs villes. Régulièrement, il laisse femme et enfants et disparaît quelque temps sans donner de nouvelles. Garcia Marquez voue une véritable adoration à sa mère, assez forte pour supporter cette situation et élever ses enfants avec un mari souvent absent.

Issu d’une famille pauvre, Garcia Marquez réussit cependant à faire des études. C’est un élève plutôt doué, mais qui préfère passer son temps à chanter, apprendre des poésies, dessiner, s’amuser, lire, puis écrire. Cela le rend sympathique et attachant… même auprès des examinateurs qui, sous le charme, oublient vite ses connaissances approximatives et son orthographe désastreuse.

Assez jeune, il fréquente les milieux littéraires colombiens : on le retrouve dans les cafés où les poètes et écrivains se réunissent. Tous les passages sur cette vie littéraire colombienne sont assez intéressants. On voit, entre autres, comment Garcia Marquez se construit peu à peu une légitimité dans ce milieu. Les premières nouvelles qu’il réussit à publier dans des journaux sont, selon lui "de la merde". Une "merde" qui lui permet d’acquérir un succès certain, même si cela ne le nourrit pas tous les jours. Délaissant la fac de droit, l’écrivain en herbe se lance dans le journalisme. Il fait sienne la maxime de Rilke selon laquelle il faut écrire pour vivre, sinon ça ne sert à rien. Et, de ce jour, tout l’argent qu’il gagnera viendra de l’écriture.

Ce livre fourmille d’anecdotes, de portraits hauts en couleurs, d’exubérance, de surprises. Gabriel Garcia Marquez est touchant aussi, par exemple quand il parle de ses débuts d’écrivain. Histoires de famille, d’amitiés, de vocation s’entremêlent dans un style spécifique qui semble toujours osciller entre réel et surnaturel…
"On ne lit pas de la même manière une autobiographie et un roman. Dans l'autobiographie, la relation avec l'auteur est embrayée (il vous demande de le croire, il voudrait obtenir votre estime, peut-être votre admiration ou même votre amour, votre réaction à sa personne est sollicitée, comme par une personne réelle dans la vie courante), tandis que dans le roman elle est débrayée (vous réagissez librement au texte, à l'histoire, vous n'êtes plus une personne que l'auteur sollicite) dit Philippe Lejeune (www.autopacte.org).

Etrangement, on lit pourtant cette autobiographie comme un roman passionnant… Mais l’auteur le dit bien en exergue : "La vie n’est pas ce que l’on a vécu, mais ce dont on se souvient et comment on s’en souvient.


Anne Chougnet
© Jowebzine.com - Mai 2006
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