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     LiVReS
 
CARACTERES
Philippe GARNIER

Grasset - 496 pages
Ceux qui ont dépassé la quarantaine se souviennent avec émotion des articles fleuve de Philippe Garnier parus dans Rock and Folk. Avec Caractères, ils plongeront (les plus jeunes et les plus âgés aussi) avec lui dans les sous-sols de la mémoire cinématographique d’Hollywood et feront un voyage fantastique.


Une des caractéristiques de l’écrivain, en tant qu’être humain constitutif, est d’être à la fois obsessionnel et obnubilé par la mémoire, c’est-à-dire par le passé. Chateaubriand ou Proust, pour puiser dans le répertoire français, en sont des exemples emblématiques.

Philippe Garnier n’échappe pas à la règle : son cerveau ressemble sûrement à une gigantesque cave d’Ali Baba où gisent des trésors, disques et films que tout le monde aurait oublié, s’il ne prenait la peine de nous rafraîchir la mémoire en sortant un livre de temps en temps.

Dans Caractères, somme de 500 pages qui accompagnera vos rêveries, Garnier dresse le tableau (la fresque) des tous ces acteurs qui traversent le cadre des films Hollywoodiens des années 1930 à nos jours. Ces acteurs qu’on qualifie de second plan, ou de seconds rôles mais qu’il nomme caractères en écho aux statuettes (Golden Globes ou Oscars) qui récompensent leurs performances.

Mais Garnier pousse le bouchon un peu plus loin. Il ne va pas parler d’Aldo Ray, de Warren Oates ou d’Harry Dean Stanton qui sont des caractères imprimés dans nos mémoires, il va plutôt évoquer John Qualen, Edward Everett Horton, Eugene Pallette ou Jan Sterling, des silhouettes que l’on croise au gré de films tels que Le ciel peut attendre d’Ernst Lubitsch ou Le gouffre aux chimères de Billy Wilder. Des personnes que l’on reconnaît sans les connaître.

Et ces acteurs, Philippe Garnier commence dans le premier tiers du livre par nous en dresser une filmographie sélectionnée. Il évoque une apparition de deux minutes dans un film qui passe, pour les amateurs du Câble, à trois heures du matin sur TCM (Turner Classic Movies). Son érudition dans ce domaine est aussi pharamineuse que le nombre de ses partis pris qui nous font presque rigoler (Jack Lemmon est un mauvais acteur, par exemple).

Là où ce livre est fascinant, c' est qu’il avance et évolue au fil de notre lecture. Philippe Garnier nous raconte, aux alentours de la page 137, qu’il avait pensé écrire un texte en hommage aux nécrologies d’artistes paraissant aux Etats-Unis et en Angleterre. Dans les pays anglo-saxons, ces exercices de style sont très prisés et constituent un genre à part entière. Certains artistes n’hésitent d’ailleurs pas à contacter les journalistes pour les aider à peaufiner leurs futures nécrologies.

Tous ceux qui lisent les articles de Garnier, dans Libération, savent qu’il œuvre dans le même sens et qu’il est souvent succulent de lire un de ses articles sur la disparition d’untel ou d’unetelle, même si cette disparition peut nous attrister.

Enfin, Garnier termine son livre sur les portraits d’êtres hors normes, qu’il a rencontré depuis le temps qu’il arpente les rues de Los Angeles, que ce soit pour Rock and Folk, Libération ou, jadis, pour la plus belle émission sur le cinéma jamais passée à la télé, Cinéma-Cinémas.

Ne soyons donc pas étonnés si le livre se termine par la visite d’un cimetière. Lieu mental, lieu symbolique, Garnier ne doit pas ignorer que notre cerveau finit par ressembler à un cimetière peuplé d’êtres chers. Oui, à un moment ou à un autre, les cimetières deviennent les lieux où nos amis imaginaires et réels se reposent.


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Mars 2006
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