Comment
résoudre la fracture sociale ? En 600 pages et en aimant
ceux qui ne vous ressemblent pas. Être attentif aux autres
pour soi-même aller mieux. Anna Gavalda transcende la
littérature française.
Tout au cours de notre vie, nous cherchons non seulement un
endroit où vivre et un groupe de gens pour partager nos
émotions, nos peines autant que nos joies. Si par merveille,
nous avons déjà trouvé le lieu et les compagnons,
nous redoutons de les perdre car sans eux, la vie s’avérerait
dépourvue de sel, de charme et d’attraits.
Voilà de quoi traite le gros roman d’Anna Gavalda
Ensemble, c’est tout ! Et voilà de quoi apporter
du bonheur en tube au lecteur qui n’en croit pas ses mirettes.
Anna Gavalda est une merveilleuse cuisinière qui nous
mitonne un plat copieux et sans prétentions. Mais, nom
d’une pipe, qu’est-ce qu’on se lèche
les babines !
Quatre personnages vont apprendre à se connaître,
venant d’horizons dissemblables. Paulette Lestaffier est
une vieille dame qui se cogne partout et ne peut plus habiter
dans sa maison, à la campagne. Son petit-fils Franck
qui travaille dans la restauration et a des horaires insensés
doit se résoudre à la placer dans une maison pour
personnes âgées, la mort dans l’âme.
Franck loue une chambre où il va dormir entre deux services,
à Philibert De La Durbellière un noble d’une
timidité maladive et passionné par l’histoire
de France. Enfin Philibert, va décider d’héberger
chez lui Camille Fauque, une jeune femme quasi-anorexique et
qui dessine admirablement.
Anna Gavalda brosse le portrait doux-amer d’êtres
en déséquilibre voire en souffrance. Contrairement
à Justine Lévy ou à 80 % de la littérature
française actuelle, elle ne s’ausculte pas le nombril
dans l’espoir d’y déceler une pépite
d’or. Non, Anna Gavalda regarde et aime ses contemporains.
Elle ne les aime pas bêtement. Elle les aime parce qu’elle
leur ressemble. Elle ne les regarde ni d’en haut, ni d’en
bas. Elle prend la bonne perspective et nous émeut en
décrivant des fêlures qui sont les nôtres.
Et puis Anna Gavalda truffe son livre de références
à l’art, qui nous donnent envie de nous plonger
dans la correspondance de Vincent Van Gogh ou de relire Brady
Udall. Chez elle la culture n’est jamais pédante
mais source de partage, d’émotions à donner
autant qu’à recevoir.
Un petit bémol (pour jouer au bêcheur) : l’auteur
a un don certain pour les dialogues et sur 600 pages, elle a
tendance à en abuser.
Sans tenir compte du paragraphe précédent et si
vous pensez qu’on est meilleur et plus puissant à
deux, à quatre que tout seul, vous aimerez ce roman d’un
auteur tellement connu et tellement populaire qu’on pourrait
oublier son talent.
Anna Gavalda est comme les vêtements légers au
printemps, comme le sourire d’un bébé, elle
aide à vivre. Vous pourrez trouver ma comparaison fleur
bleue, n‘empêche ! Un peu de bonté n’a
jamais fait de mal personne.