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     LiVReS
 
JOHNNY EST MORT
 Silvain GIRE
 
Le Seuil - 128 pages
Silvain Gire nous donne de ses nouvelles. Vous ne le connaissez pas encore ? Son premier recueil Jonnhy est mort vient d’être publié aux éditions du Seuil et il n’a pas son pareil pour nous décrire des hommes en quête de tendresse, des couples en vacances, des adolescents découvrant l’amour.

De Silvain Gire lui-même, nous ne savons pas grand-chose. Il a 37 ans. Il vit et travaille à Paris. Sa photo nous jette un regard rigolard. Il apparaît sur la scène littéraire avec ce recueil de nouvelles, dont celle qui donne son titre au recueil part d’un postulat gonflé. Jonnhy, le héros national qui rugit son amour des bleus et du président de la république, Jonnhy le rocker préféré qui fait vibrer les cœurs de Valenciennes à Port-Bou. Jonnhy donc est mort. Il s’est tué en moto. Ce jour-là dans un village du sud de la France, on ne parle plus que de cela. Silvain Gire en profite pour tirer le portrait aussi bien des vacanciers que des habitants du village. Il le fait avec ironie, chaleur et humanité. D’autres nouvelles sont très belles, notamment celle de Daniel qui reçoit une jeune Centrafricaine chez lui (Noir sur blanc) ou celle qui montre un trentenaire apprivoiser le fils de la femme avec qui il vient de passer la nuit (Retour à la nuit). Une nouvelle comme Survivre à l’enterrement servira de viatique à tous ceux qui connaissent, ont connu, connaîtront un deuil.

On peut apprécier le courage d’un éditeur qui publie un recueil de nouvelles d’un auteur inconnu. Si la pratique est courante aux Etats-Unis et sert aux auteurs, tels des bébés chats à faire leurs dents, elle est peu usuelle en France où trop d’éditeurs sont obnubilés par le roman, et de préférence le roman autobiographique. Là, heureusement, nous évitons cet écueil puisque le recueil de nouvelles permet de varier les points de vue et donc, de dresser un panorama de la vie telle qu’on la voit.

Je n’ai pourtant pas trouvé toutes les nouvelles de Silvain Gire absolument au même niveau. Il a parfois, à mon sens, tendance à parasiter ce qu’il écrit par ce qu’il pense et qu’il nous impose, selon la manie française qu’a l’auteur de se mettre au premier plan. Cela dit, il y a une fraîcheur, une générosité que vous ne trouverez pas chez les vieux requins qui squattent la liste des best-sellers. Il y a là toutes les qualités en germe pour que ce contemplateur de ses contemporains prenne davantage de souffle et d’ampleur.

De plus, un auteur, qui parle si bien et si souvent des gestes de l’amour, a droit à notre sympathie réelle.


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Juin 2002
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