Un
premier roman phénomène. Comment une jeune femme de
34 ans peut-elle rendre compte avec une telle maîtrise d’une
épreuve aussi ravageuse que la perte d’un enfant ?
Cette longue plainte se développe tout au long d’un monologue
où l’inconsolable s’apostrophe : un "tu"
lancinant, aucun dialogue, aucun autre point de vue sur l’histoire,
un style de narration qui rend palpable l’enfermement mental.
Cette mère éplorée se découvre peu à
peu, et si les premières pages nous bouleversent et créent
un fort mouvement de sympathie, plus le roman avance et plus se développe
en nous une gêne vis à vis de cette douleur. Si le fameux
travail de deuil ne se fait pas, au-delà de la culpabilité,
c’est aussi parce que cette femme a investi dans l’événement
plus que la douleur de la perte : l’opportunité de laisser
s’exprimer sa haine violente du monde et de soi jusqu’à
la déshumanisation !
Une lecture passionnante car les thèmes de la fidélité
aux disparus, de l’oubli, de la mémoire, de l’amour
transformé en tyrannie se mêlent, thèmes qui font
partie de l’expérience de chacun d’entre nous.
A recommander donc, pour une des rares fois où un premier roman
échappe au syndrome de "voilà, je vous raconte
(en long et en large) ma jeunesse et voyez comme elle fut passionnante
et originale !".