Le
dernier roman de Laurent Graff raconte l’histoire irréelle
d’un guichetier d’autoroute qui ne voit plus passer personne,
sans qu’il s’en inquiète outre mesure. Un roman
surréaliste, plus sombre qu’il n’y paraît,
voire assez obscur.
Il y a de moins en moins de monde sur l’autoroute : ni usager,
ni collègue à l’horizon, c’est embêtant
pour un péagiste…
Apparemment pas pour le narrateur qui n’a pas peur de l’ennui.
"L’ennui et l’autoroute s’accordent parfaitement
pour inoculer une douce monotonie, comme un fil fin pénétrant
le chas de l’esprit, et apaiser nos consciences tourmentées.
Quand d’autres s’irritent, s’impatientent, gesticulent,
moi je me laisse envahir avec délectation par la lassitude."
Que se passe-t-il ? Pourquoi tout le monde a déserté
l’autoroute ?
Dans un premier temps, ces questions ne semblent pas tarauder le narrateur
qui continue son petit train-train et s’accommode très
bien de la situation (il va jusqu’à camper sur un carré
de pelouse, en profitant des toilettes publiques, ce qui lui évite
le trajet quotidien depuis chez lui).
Et puis, il se décide à délaisser cet environnement
invraisemblable et chimérique pour chercher ce qui se cache
derrière tout ça, pour affronter la réalité
et en définitive pour braver ses propres traumatismes.
Le cri est au final assez déconcertant, et l’on peut
lui préférer - en cette rentrée, et pour se donner
du baume au cœur - le précédent roman de Laurent
Graff, Voyages, voyages, l’amusante histoire d’un type
qui se dit quotidiennement qu’ il partira un jour, et qui repousse
continuellement son voyage à force de le préparer.