L’HOMME
EST UN LOUP POUR L’HOMME
Avec ce style si efficace, le nouveau roman de Jean-Christophe
Grangé nous plonge dans les ateliers clandestins du Xe
arrondissement de Paris. Pour le meilleur et pour le pire.
Après les Rivières pourpres, interprétées
à l’écran avec le succès que l’on
sait par Vincent Cassel et Jean Reno, après Le
vol des cigognes et le Concile de Pierre, Jean-Christophe
Grangé revient avec l’Empire des loups pour nous
proposer une immersion dans le monde sous-terrain des ateliers
de couture clandestins de la Petite Turquie, dans le 10ème
arrondissement de Paris.
Anna Heymes éprouve de plus en plus fréquemment
des troubles neurologiques liés à la reconnaissance
des visages, et notamment de celui de son mari, que son esprit
malade déforme jusqu’à les faire ressembler
à des monstres semblables aux écorchés
peints par Francis Bacon. Elle se refuse cependant à
la biopsie préconisée par un spécialiste
du cerveau, ami intime de sa belle-famille, et préfère
mener son enquête avec l’appui de Mathilde Wilcrau,
éminente psychiatre. Enquête qui l’entraînera
à la découverte d’elle-même, bien
plus loin qu’elle n’aurait jamais pu l’imaginer…
Paul Nerteaux a choisi de devenir flic pour soulager sa culpabilité
par rapport à l’assassinat de son père.
Assassinat qu’il n’a pas lui-même perpétré,
il n’avait que huit ans au moment des faits, mais qu’il
avait projeté si intensément qu’il en a
endossé depuis la responsabilité. Aujourd’hui,
il a la possibilité de tourner définitivement
la page sur ce passé trop pesant en arrêtant ce
tueur en série totalement psychopathe qui a déjà
torturé trois ouvrières turques pendant vingt
à trente heures avant de les achever. Paul ne reculera
devant rien pour y parvenir, pas même devant un pacte
avec le diable, incarné ici en la personne de Jean-Louis
Schiffer, le chiffre et le fer. Pour le côté fer
: ancien inspecteur du 10ème arrondissement, le quartier
dans lequel Paul officie maintenant, homme de terrain, parfaitement
intégré dans la communauté turque, cinq
décorations, deux cent trente-neuf arrestations, quatre
tués par balle… Pour l’aspect chiffre : héroïne
volatilisée, pourcentages sur activités de racket,
commissions prélevées sur les jeux et paris, magouille,
proxénétisme… Sans parler de la violence
à laquelle il recourt trop souvent, mais comment en vouloir
à un ancien de l’Algérie dont tous les traumatismes
n’ont pu être guéris par quelques mois d’internement
à Sainte-Anne ?
Nuits blanches et sueurs froides
Evidemment, ces deux histoires n’évoluent pas sur
des trajectoires totalement parallèles et vous pouvez
être sûr que leur point de rencontre sera un paroxysme
de haine et de violence, mêlant politique, histoire, terrorisme,
espionnage, science et science-fiction… Vous êtes
en train de lire un Jean-Chistophe Grangé ! Alors, accrochez-vous,
vous n’allez plus pouvoir poser votre livre avant d’en
avoir dévoré les dernières lignes. Laissez-vous
guider par ce duo de flics, le jeune idéaliste et le
vieux briscard sur la touche, jusque dans des sous-sols surchauffés
et surpeuplés du 10ème arrondissement où
les jeunes turques commencent à travailler juste après
être débarquées clandestinement à
Paris. Au fil des pages, vous sentirez la moiteur de ces atmosphères
étouffantes de hammam, la chaleur du soleil sur les plaines
d’Anatolie, les effluves de vase qui montent du Bosphore
dans le petit matin à Istanbul. Chapitre après
chapitre, vous partagerez les angoisses d’Anna, la curiosité
de Mathilde, l’impuissance de Paul face à une violence
qu’il maîtrise de moins en moins et qui finit par
exploser dans votre imaginaire en ébullition…
Que les fans de l’auteur soient rassurés, il n’a
rien perdu de sa verve ni de son imagination (quoiqu’un
tel réalisme dans la description laisse perplexe sur
le dosage faits réels / faits imaginés). Que les
nouveaux lecteurs soient assurés de passer avec lui quelques
nuits blanches et d’éprouver quelques sueurs froides.
Vous n’en saurez pas plus, bonne lecture !