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KURU
Thomas GUNZIG

Au Diable Vauvert - 272 pages
Thomas Gunzig fait partie de ces auteurs qui ont un véritable univers. Après Mort d’un parfait bilingue, Kuru en est une nouvelle preuve éclatante.


"L'univers social de Fred se composait de cinq personnes, pas une de plus pas une de moins, qui chacune occupait une place bien précise dans le petit avion qui figurait sa vie. Si lui, Fred, évidemment, était aux commandes, son copilote était sa copine Kristine. Son mécanicien était son copain Pierre et son steward son copain Paul. À la tour de contrôle, à toujours faire chier pour des questions de cap, à toujours filer des autorisations ou non pour tel ou tel couloir aérien, pour telle ou telle piste d'atterrissage, il y avait ce connard d'entrepreneur des années quatre-vingt qui lui servait de père. Et puis il y avait, comme unique passagère, bien installée en première classe devant un repas servi dans de la porcelaine de Limoges, enveloppée dans un peignoir en soie sauvage, le regard perdu sur l'horizon des stratocumulus, Katerine, sa cousine".

Ha, Fred, ses mouches dans la tête qui lui pourrissent la vie, Kristine, sa copine, "plus intelligente et engagée que lui", son connard de père ultra-libéral qui subvient à ses besoins, sa cousine Katerine, "un étonnant mélange de stupidité et de cérébralité", dont il est éperdument amoureux mais qui est mariée avec Fabio, lui aussi dans l'industrie, ses potes, dont Paul, qu'il trouve "cinglé et dangereux"… Fred resterait bien chez lui, tranquille, mais il va se faire embarquer par Kristine et Paul, pour aller sur le terrain : "Dans quelques mois il y aura une nouvelle réunion du G8. À Berlin cette fois. Nous commençons déjà à nous organiser maintenant, il faut des gens sur le terrain, pour observer, photographier, filmer tout ce qui va se passer, récolter des preuves." Mission commando top-secrète… Mais qu'est-ce que ça va donner ?

Lorsqu'on part avec Thomas Gunzig, on ne sait pas où ça va nous emmener ni quelles seront les surprises du voyage et Kuru en est une nouvelle preuve. Piloté de main de maître, dans un style toujours aussi limpide, ce roman est un sacré mélange : paranoïa totale, aventures, amours ratés… C'est toujours aussi surprenant (Gunzig a son petit univers à lui et on ne s'en lasse pas) et attirant, mais on ne nous enlèvera pas de l'idée que pour l'instant, le chef d'œuvre de l'homme c'est Mort d'un parfait bilingue (chez le même éditeur).


Christophe Dupuis
© Jowebzine.com - Octobre 2005
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