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FATHERLAND
Robert HARRIS

Traduit de l’anglais par Hubert Galle

Pocket - 424 pages
Berlin, 1964. Kennedy (Joseph, le vieux sénateur devenu Président sur le tard) est attendu prochainement pour une visite officielle historique devant sceller définitivement la paix entre les Etats-Unis et... le Reich allemand ! Quinze ans plus tôt, c’est en effet Hitler qui a gagné la guerre et, depuis, l’Europe est sous sa botte (à l’exception notable de la Suisse qui rend tellement de services indispensables) de l’Atlantique à la Sibérie. L’accord entre les deux super-puissances marquera la fin inéluctable d’un quelconque espace de liberté dans le monde.

Vous l’aurez compris, c’est sur une hypothèse géopolitique pour le moins originale que Robert Harris a construit ce thriller oppressant qui met en scène l’inspecteur SS March enquêtant obstinément sur le meurtre de vieux dignitaires Nazis. Mais pourquoi la Gestapo vient-elle s’interposer dans son enquête ? De quelle vérité indicible étaient dépositaires ces vieillards ? Aidé par une journaliste américaine en poste à Berlin, March ira au bout de son enquête. Jusqu’à sacrifier sa vie pour faire éclater la vérité sur le terrible secret si profondément enfoui.

Si Rober Harris n’est pas un grand styliste, il est en revanche un narrateur efficace. D’emblée il nous plonge dans la nuit et le brouillard d’un Berlin au sortir de l’hiver. Un Berlin redessiné par Albert Speer, le grand architecte du Reich, tout en perspectives infinies et en pièces montées architecturales écœurantes de grandiloquence néo-classique. De manière réaliste, sans jamais verser dans l’excès, il nous fait toucher du doigt l’organisation paramilitaire d’un pays entièrement structuré par le totalitarisme de son système politique : hiérarchisation extrême de la société, toute puissance absolue de l’administration, généralisation de la surveillance et de la dénonciation.

Dans cet univers cauchemardesque, l’inspecteur March poursuit la quête d’une vérité qui n’est pas bonne à dire et prend conscience, peu à peu, de ce que le monde est devenu. Ses prédispositions à contester l’ordre établi feront le reste et il prendra vite la décision de jouer la carte de la révélation au monde, au prix le plus élevé pour lui : sa vie.

Premier roman de Robert Harris, un éditorialiste politique et reporter à la BBC, né en 1957 et auteur, par ailleurs, d’un essai sur les carnets secrets d'Hitler et des biographies de politiciens britanniques, Fatherland, paru initialement en 1992, est indéniablement une réussite par sa manière efficace de mêler suspens et politique-fiction. Pas une minute de répit ne nous est offerte dans cette traque contre la montre et contre la mort. Un moyen efficace de conserver présent à la mémoire ce que totalitarisme veux dire.


Joël Fompérie
© Jowebzine.com - Janvier 2003
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