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VOYAGE A NUREMBERG
Hermann HESSE

Traduit de l’allemand par Alexandra Cade

Livre de Poche Biblio - 126 pages
J’écoutais Michel Polac à la radio, il y a quelques semaines de cela. Il recommandait Le voyage à Nuremberg d’Hermann Hesse qui venait de sortir en Livre de Poche Biblio. J’ai toujours aimé Hesse et quand, après la lecture de deux polars sans valeur ajoutée, j’ai senti une certaine fatigue de lecteur, je me suis dit qu’il fallait écouter les paroles du vieux sage et plonger dans Le voyage à Nuremberg. Bien m’en a pris.

Hermann Hesse est avec Thomas Mann l’un des plus grands écrivains de langue allemande de la première partie du XXe siècle. Il est né en 1877 en Suisse et a connu un succès immédiat avec Peter Camenzind, son premier roman. Fortement influencé par la philosophie hindoue, l’orientalisme, il a exhorté les hommes à refuser la guerre au moment même où l’Europe s’y préparait. Le loup des steppes et Narcisse et Goldmund sont des chefs d’œuvre de la littérature. Hermann Hesse a obtenu le prix Nobel en 1946 et est mort en 1962.

Le voyage à Nuremberg paraît en 1927. Récit de voyage, il raconte à la première personne un périple accompli par l’auteur. L’occasion en est une série de conférences données dans diverses villes (Augsbourg, Nuremberg). En fait, il s’agit pour Hesse d’aller à Blauberen en Souabe, pays de son enfance. Des souvenirs de lecture se mêlent à cette envie. Occasion de revoir des amis, de ne pas être chez soi. Mais Hesse approche de la cinquantaine. Il vit dans le Tessin en Suisse où il passe une vie consacrée à l’écriture et à la peinture.

Aujourd’hui, la fonction sociale de l’écrivain est atténuée. L’écrivain est un acteur de la société du spectacle comme un autre. Amélie Nothomb va dans les émissions de télévision et mange des fruits pourris. Tout a un sens et rien n’en a. Tout se vaut.

Entre les deux guerres, le statut de l’écrivain était comme celui de l’oracle : respecté et redouté. Hermann Hesse vit retiré du monde. Il se met en condition d’écrire jusqu’à ce que lui viennent la force et l’inspiration nécessaire. Voyager signifie alors quitter sa demeure mais aussi s’absenter de sa vie, ce qui peut apporter de la volupté.

Il visite des villes, loge chez des amis. Un soir, dans une ruelle au clair de lune, il trouve le but de son voyage et écrit alors : "Les gens comme nous se contentent de peu, mais exigent uniquement du meilleur. Lorsque nous nous demandons si notre existence difficilement supportable a un sens, l’espace d’un court moment de grâce nous suffit pour dire oui, alors que nous sommes tenaillés par les souffrances, le désespoir et le dégoût de vivre. C’est assez pour nous, même si dans le moment qui suit, tout est à nouveau recouvert par des flots sombres."

Journal de bord, journal intime. Réflexion sur la condition d’écrivain et sur le rapport au lecteur. Merci monsieur Polac d’avoir conseillé ce livre. Il donne envie de relire les œuvres complètes de son auteur. Beau boulot en perspective.


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Décembre 2002
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