C’est
l’histoire d’une famille écossaise où
chacun ne pense qu’à soi. Un premier roman aussi
drôle qu’angoissant.
Rien ne va plus dans la famille Scott. Digne représentante
de la petite bourgeoisie d’Edimbourg, Ecosse. Le père,
Vic, est conducteur de bus et depuis qu’il prend du prozac,
il n’a plus d’érections. Sa femme, Angie,
le traite comme un chien. Il faut dire qu’Angie a des
problèmes avec l’alcool. Elle en pince pour son
patron qui tient une officine de paris. Elle a autant de désirs
sexuels que d’envie de se boire un godet. Alors, vous
comprenez, il n’y a pas beaucoup de temps ou de volonté
pour s’occuper des enfants.
Les enfants, ils sont deux. Joni a bientôt 16 ans et le
feu au cul. Elle ne pense qu’à perdre sa virginité.
Jake a 14 ans. Il se fait tabasser au lycée et lui aussi,
ne pense qu’au sexe. Ajoutons au tableau, une chienne
qui s’appelle Jan en hommage à la première
femme que Vic a aimée.
Vous l’aurez compris. Il s’agit d’un roman
où les hormones tiennent une grande place. On s’y
masturbe beaucoup mais à la différence des romans
français, ce sont les personnages qui sont onanistes
pas les romanciers. Cette famille a tous les éléments
en main pour voler en éclats. Que va-t-il se passer ?
Laura Hird a écrit son livre en se mettant à la
place de chacun de ses personnages. On passe de Vic à
Joni, de Jake à Angie. Tous parlent à la première
personne du singulier et au présent, apportant une énergie
que Laura Hird relaie avec son humour et son désespoir
tonique. Plus on avance dans la lecture de ce livre, plus on
se demande jusqu’où l’auteur va nous entraîner…
On se dit que non, ce n’est pas possible ! Mais c’est
justement parce que l’auteur ose des choses insensées
qu’elle nous les rend parfaitement crédibles. De
même que sont crédibles chacune des voix du roman.
Et puis Laura Hird ne juge pas. Elle porte sur le monde un regard
de compassion. La fin du roman, à cet égard, est
d‘une belle ambiguïté. Chacun l’interprétera
selon son état d‘esprit. Est-ce bien ou est-ce
atroce ? À vous de trancher.
Le titre original de ce roman est Born free, le titre d’une
chanson. Le roman aurait gagné à s’appeler
Né libre car ce titre est d’une ironie suprême
par rapport au sujet du livre. On ne naît libre que dans
les chansons.
Il faut absolument lire ce premier roman. Laura Hird née
en 1966 a déjà publié un recueil de nouvelles.
Elle vit à Edimbourg et se consacre à l’écriture
après avoir exercé un nombre incroyable de petits
boulots. Tant que vous y êtes, surfez sur le site de la
dame : www.laurahird.com,
vous y découvrirez une femme ouverte sur le monde et
un des sites d’écrivains les plus complets qu’on
puisse rencontrer.